Auteur: vilistia


Conseil Constitutionnel – Où sont les Sages ?

Par le 18 mai, 2013 @ 8:19

par François De Veyzac

Où sont les Sages ?Tant s’agissant du mariage que de l’adoption, le Conseil Constitutionnel s’est montré, comme le législateur, d’une si formidable mauvaise foi.

On se demande si aujourd’hui, on peut encore parler des sages de la rue Montpensier.

Si une once de respect des institutions ne me retenait encore, un scrupule à l’égard de ceux qui ont peut-être voulu ramer à contre courant, je les appellerais les 9 fous.

Le caractère absolument fondateur du mariage comme union d’un homme et d’une femme, le caractère structurant de la filiation bilinéaire fondée sur l’altérité sexuelle, le droit de tout enfant de voir sa filiation établie à l’égard de son père et de sa mère ont été balayés d’un revers de main, avec une sécheresse qui glace le sang.

1.En un seul considérant, sans même argumenter, le Conseil constitutionnel nous explique calmement que la règle selon laquelle « le mariage est l’union d’un homme et d’une femme n’intéresse ni les droits et libertés fondamentaux, ni la souveraineté nationale, ni l’organisation des pouvoirs publics, qu’elle ne peut donc être considérée comme un principe fondamental reconnu par les lois de la république » alors même que la législation républicaine n’avait jamais remis en cause ce principe.

Par la suite, il ne peut s’empêcher d’asséner cette position de principe terrible d’idéologie positiviste « en tout état de cause, doit être écarté le grief tiré de ce que le mariage serait « naturellement » l’union d’un homme et d’une femme ». Nous savons très bien qu’il n’existe pas, en France, de normes supraconstitutionnelles et nous le déplorons.

Cela fait longtemps que la loi naturelle a été écartée de l’analyse juridique et même le droit naturel malgré tout l’attrait qu’il peut avoir pour un esprit républicain. Saint Thomas d’Aquin peut se retourner dans sa tombe. Ce qu’on demandait au Conseil Constitutionnel, ce n’était pas d’aller jusque là, c’était au moins de considérer que ce qui a été pendant des siècles une réalité si naturelle qu’on n’éprouvait pas le besoin de la nommer ne pouvait être balayé, écarté par un simple argument d’autorité.

2.La filiation bilinéaire n’est pas non plus un principe reconnu par les lois de la République. L’autre prétexte avancé, c’est que les conditions de l’adoption et celles d’établissement de la paternité et de la maternité auraient changé depuis le début du XXème siècle. La belle affaire ! Tout cela parce que désormais, la recherche de paternité des enfants adultérins a été autorisée !

Sans blague ! Et ceci suffirait à dire que cette filiation bilinéaire ne structure plus notre droit de la famille ?

Ces enfants adultérins ne s’inscrivent-ils pas également dans cette filiation bilinéaire ? Un tel aveuglement laisse pantois. Nos spécialistes de droit constitutionnaliste devraient relire le début de l’évangile selon Saint Matthieu. Que d’enfants adultérins dans la généalogie de Jésus et pourtant, n’est-elle pas elle aussi bilinéaire ?

3.Quant au droit d’un enfant de voir sa filiation concurremment établie à l’égard d’un père et d’une mère, il est balayé d’un revers de main de la même manière. Quelques paragraphes plus tard, le Conseil Constitutionnel valide des changements de dévolution des noms de familles. Dès lors qu’un enfant est adopté par le conjoint de son père ou de sa mère biologique, à défaut d’accord entre son père biologique et celui qui vient se substituer à sa mère, il portera les deux noms accolés par eux dans l’ordre alphabétique…

Le Conseil Constitutionnel plie devant le législateur. Il refuse même de donner l’illusion qu’il se pose les questions fondamentales. Il se cache :

« il n’appartient pas au Conseil Constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur sur la prise en compte, pour l’établissement d’un lien de filiation adoptive, de la différence entre les couples de personnes de même sexe et les couples formés d’un homme et d’une femme ». Et cela veut défendre les droits et libertés fondamentaux ?

Il ne servait non plus à rien, messieurs qu’on dit sages, de faire quantité de jurisprudence sur le principe d’égalité, si c’est pour s’exonérer de cette interrogation toute simple : la différence de situation entre personnes homosexuelles et couples (sous entendu hommes et femmes) oblige-t-elle à ce que ces deux situations soient traitées de manière différente ?

Misère de l’idéologie quand elle conduit à la misère du raisonnement juridique.

Le conseil constitutionnel se borne à constater que « ce principe n’oblige pas de traiter de manière différente des personnes se trouvant dans des situations différentes. » Voilà qu’en une phrase, on conduirait à réduire à néant la différence absolument essentielle qui sépare un couple d’un côté, deux hommes ou deux femmes vivant ensemble de l’autre.

Et pourquoi alors, le Conseil Constitutionnel affirmerait-il soudain quelques lignes plus tard, que les dispositions relatives à la PMA ne s’appliquent qu’aux couples composés d’un homme et d’une femme et non aux personnes homosexuelles ?

Parce que « les couples formés d’un homme et d’une femme sont au regard de la procréation dans une situation différente de celle des couples de même sexe ».

Mais, pourquoi alors nier cette différence immense par ailleurs ? Et justifier qu’ils soient traités de manière identique ? On attend l’inclination religieuse du Conseil constitutionnel devant la prochaine loi sur la généralisation de la PMA…

« Si une once de respect des institutions ne me retenait encore, un scrupule à l’égard de ceux qui ont peut-être voulu ramer à contre courant, je les appellerais les 9 fous. »

Autorisation pour un ressortissant étranger de venir se marier avec une personne de même sexe en France alors même que son propre pays ne le permet pas (sauf convention express qui l’interdit), le Conseil valide !

Reconnaissance et transcription des mariages contractés à l’étranger avant l’entée en vigueur de la loi, le Conseil valide ! N’examinant même pas si cette rétroactivité de la loi répond à un intérêt général suffisant. Caractère claire et intelligible d’un article balai disposant que, dans le code civil, tous les mots père et mère du code civil doivent être entendu au sens des deux « parents » de même sexe, le Conseil valide !

Le Conseil Constitutionnel valide, enfin, sans sourciller, l’habilitation législative extrêmement large autorisant le gouvernement à adapter par ordonnance (donc sans vote des parlementaires) l’ensemble des dispositions législatives en vigueur, à l’exception de celles du code civil pour tirer de manière express et exhaustive les conséquences de l’adoption de la présente loi.

Des pans entiers de notre droit seront ainsi modifiés au mépris de notre démocratie. Les noms de pères ou de mères supprimés sans même que nos parlementaires puissent réagir dans l’ensemble de nos codes !

Et nos bons « sages » qui avaient déjà validé les exigences constitutionnelles de clarté et de sincérité des débats parlementaires (sic), de valider à nouveau !

Nous ne le savions pas encore assez. Nous imaginions encore trop qu’une déclaration des droits de l’homme, qu’une constitution pouvait protéger contre l’arbitraire et contre la folie. Nous n’avions pas encore assez réalisé qu’en 1789, sous les auspices de l’être suprême, le vers était dans le fruit. Le vers d’une émancipation de l’homme contre l’homme.

Le masque est tombé brutalement. Aucune, quasiment aucune réserve n’a été formulée sauf un intérêt supérieur de l’enfant, une absence de droit à l’enfant de pure façade. Le plus sûr rempart contre la volonté populaire et le bon sens a été le strict positivisme juridique.

L’article 34 autorise bien les parlementaires à modifier les conditions d’accès au mariage, circulez, il n’y a rien à voir. Pour le changement de civilisation, vous voterez à main levée !

Aujourd’hui, nous comprenons obscurément, nous résistants, que notre droit de l’hommisme et notre démocratie ne sont aujourd’hui qu’un rideau de fumée, du vent.

Il ne servait à rien au Général de Gaulle de créer la Vème République, de vouloir le référendum, de tant se battre pour protéger la souveraineté du peuple et même la simple démocratie représentative. C’est devant cette véritable capitulation, comme s’il était mort pour rien, comme s’il n’avait jamais existé. Les partis, les réseaux de l’ombre ont remplacé le peuple.

Il ne servait à rien à Nicolas Sarkozy de donner l’illusion qu’il accorderait la parole au peuple. Le référendum d’initiative populaire instauré par la réforme constitutionnelle de 2008 était le début d’une bonne idée. Mais, personne n’a eu le courage, simplement de prendre les décrets d’application qui s’imposaient jusqu’à l’actuel gouvernement.

5 ans pendant lesquels notre majorité craignit trop le peuple, manqua trop de courage pour respecter ne serait-ce que le vote du Congrès, l’expression du pouvoir constituant ! Croyait-elle qu’aux réformes les plus impopulaires il se serait trouvé 4,5 millions d’opposants ?

Et on nous explique maintenant que cette pâle usine à gaz ne s’appliquerait qu’aux réformes sociales et non sociétales ? Dès que le sujet concerne les fondements même de notre vie en société, on refuserait au peuple de parler ?

Si nos anciens ministres avaient eu ce courage, peut-être aujourd’hui, en serait-on à contraindre le gouvernement à organiser un référendum…

Jamais le conseil constitutionnel n’a été un défenseur aussi hypocrite d’une démocratie en train de s’effondrer. Le moindre des choses eût été de laisser entendre que la position du législateur ne répondait pas à un consensus populaire comme celui qui inspire nos principes généraux du droit.

Il ne servait à rien en 1971, d’intégrer dans son contrôle le respect de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le préambule de 1946. Les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République dont on pensait qu’ils obligeraient à respecter au moins les législations maintenus constants au cours du siècle dernier ou du moins à ne les remettre en cause qu’avec une immense prudence ? Une foutaise de plus !

Tout comme l’Union européenne, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, nos pompeux principes ne sont que des rideaux de fumée qui cachent l’oppression dont le peuple est victime jusque dans sa conscience, celle de maires qui risquent 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende pour le prix de leur révolte.

Mais, nous savons qu’il se réveillera ! Dépossédé, déshabillé, affamé, dénigré, travesti, il y a bien un moment où il se redressera vraiment. Et si ce n’est pas encore totalement le cas le 26 mai, ce le sera plus tard. Et nous verrons un jour ce droit hypocrite balayé par la révolte de la conscience et l’insurrection des âmes.

On ne viole pas impunément les lois inscrites dans la nature de l’homme et de la femme !


 

Le scandale de la recherche sur l’embryon: Jean-Marie Le Méné nous répond!

embryon

La Table Ronde, Le Rouge et le Noir et Nouvel Arbitre s’unissent pour mobiliser les consciences quant au danger de marchandisation de l’embryon. Voici un entretien précis et pédagogique qui permettra à chacun de comprendre combien il est urgent de se lever devant ce nouveau scandale!

Jean Marie Le Méné : « Jamais d’embryons de laboratoire ! »

Nous nous sommes rendus à la Fondation Jérôme Lejeune pour interroger Jean-Marie Le Méné, défenseur connu et respecté de la protection  de la vie humaine. Nous y trouvons une équipe accueillante, disponible mais surtout très précise et marquée par l’expérience médicale d’accompagnement des ses patients à travers l’Institut Jérôme Lejeune, qui propose des consultations gratuites pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles d’origine génétique, de trisomie 21 en particulier

La Fondation s’est mobilisée pour faire front contre un texte visant la levée de l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain et a lancé une campagne : Vous trouvez ça normal ? que nous vous invitons à rejoindre : http://www.vous-trouvez-ca-normal.com/

« L’embryon est la forme la plus jeune de l’être.

Quelle est la mission de la Fondation Jérôme Lejeune en quelques mots

Notre mission est de poursuivre l’œuvre du Professeur Lejeune. Il a découvert l’origine génétique de la trisomie 21 et a fait du combat pour soigner et défendre ses patients un hommage à une lutte plus vaste au service de la vie.

Nous sommes très investis dans la recherche et dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladies génétiques de l’intelligence, et cela suppose une défense âpre de cette population éliminée à  96% avant la naissance dans le cas de la trisomie 21.

La défense de l’embryon humain s’inscrit naturellement dans ce cadre. Cet engagement a un sens ; l’eugénisme frappe à notre porte tous les matins : la relation avec les parents, le traitement des conséquences de ces anomalies génétiques nourrissent notre action.

Dès lors que vous proposez une consultation spécialisée depuis quinze ans, la prise de parole devient évidemment plus légitime, c’est un devoir de parler sur ces questions.

De là, quand j’affirme : l’embryon est la forme la plus jeune de l’être, je parle avec le soutien, du dictionnaire, de la science, de la médecine, mais aussi cette expérience de la dignité de tout être

La novlangue aime à distinguer l’être de la personne humaine, qu’en dîtes vous

Ce sont deux notions différentes qui n’émergent pas dans le même champ. L’être c’est ce qui est. Vous ne trouverez aucun scientifique dans le monde qui prétendra qu’un embryon humain n’est pas un être humain.

On ne se pose pas la question pour les souris. Il faut vraiment être radical de gauche pour affirmer qu’un embryon humain n’est qu’un « amas de cellules ». La personne, elle, ne se trouve pas au bout d’un microscope. Cependant, il n’est pas d’être humain qui ne soit une personne. Ceux qui ont cherché à dissocier ces notions ont été condamnés par l’Histoire.

Vous parliez de l’héritage de Jérôme Lejeune, qu’est-ce qui aujourd’hui justifie ce combat contre la recherche sur l’embryon humain ?

Avec la proposition de loi inscrite à l’Assemblée nationale, et mise en échec pour l’heure, nous allons vers une cannibalisation de l’embryon humain, présentée abusivement comme une solution thérapeutique miraculeuse.  Quand bien même les embryons auraient ce pouvoir, détruire des êtres humains pour en soigner d’autres est une curieuse méthode.

Or, depuis 20 ans la recherche sur l’embryon humain, libéralisée et grassement subventionnée dans certains pays étrangers, et tolérée en France avec le système de dérogations depuis 2004, n’a rien donné de probant. A l’inverse, les alternatives fournissent des solutions effectives et des pistes formidables.

Au fond, ne nous y trompons pas, les partisans de la recherche sur l’embryon brandissent la thérapie cellulaire pour en réalité obtenir les embryons à bon compte pour les laboratoires pharmaceutiques.

 

méné

Pouvez-vous préciser et nous dire quels sont les moyens qu’a la science grâce aux cellules souches, pour répondre à ses besoins en termes de thérapie et de développement de médicaments ?

On parle aujourd’hui de trois types de cellules souches :

EMBRYONNAIRES :

  • les cellules issues d’embryons, sur lesquelles la recherche mène des recherches qui conduisent à leur destruction. Elles ne mènent à aucun résultat probant en termes de thérapie cellulaire mais sont utilisés pour le criblage de molécules et la modélisation de pathologies, de vulgaires souris de laboratoire en somme.

OU ALTERNATIVES/ NON-EMBRYONNAIRES :

  • les cellules souches adultes que l’on trouve par exemple dans la moelle épinière ou le sang.  Leur utilisation est maîtrisée et elles ont une fonction réparatrice. Les cellules souches du sang de cordon ombilical mais aussi du placenta. sont déjà utilisées dans le traitement de certaines pathologies, par exemple les leucémies.
  • les cellules souches reprogrammées (iPS) ont été découvertes par le Prix Nobel Yamanaka qui a réussi à rendre à des cellules adultes de peau leur indétermination d’origine en les rajeunissant. Elles posent un problème technique similaire à celui soulevé par l’embryon.
  • En effet les chercheurs ne préviennent pas encore à canaliser le développement de ces cellules. Par contre, elles sont utiles aux laboratoires pharmaceutiques pour la modélisation de pathologies et le criblage de molécules, sans soulever de problème éthique.

Les cellules souches embryonnaires, ne parviennent pas à être utilisées pour développer des tissus du corps humain sur demande. La seule utilisation efficace de ces embryons consiste en des tests de toxicité pour des molécules, mais la découverte du Professeur Yamanaka permettrait justement de se passer des embryons, si la cellule reprogrammée n’était pas plus chère à acquérir que les embryons.

Peut-on sacrifier l’embryon humain au nom d’économies pour l’industrie pharmaceutique ? Aujourd’hui pas un scientifique n’a d’espoir en l’utilisation thérapeutique à court terme des embryons. A l’inverse la DMLA (NDLR : pathologie de la vision liée à l’âge) a de bonnes chances de pouvoir être traitée grâce aux cellules souches iPS, un essai clinique étant engagé au Japon, Alzheimer et Parkinson devant suivre.

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En luttant contre cette libéralisation, on vous reproche de ne pas considérer les familles qui attendent les résultats de la recherche sur l’embryon

Les communiqués du parti socialiste et des chercheurs promoteurs de la recherche sur l’embryon humain, puisque c’est ce dont il s’agit,  instrumentalisent la douleur et les difficultés des familles. Cette proposition de loi n’est motivée que par des questions d’ordre financier, elle est attendue par l’industrie pharmaceutique, et non par les malades.

Encore une fois, les scientifiques aujourd’hui ne peuvent pas soigner par thérapie cellulaire les malades en utilisant des cellules embryonnaires. La France est le leader mondial du soin aux grands brûlés, par exemple à l’hôpital militaire de Percy, avec des méthodes alternatives à l’embryon humain. On tait cette performance pour des raisons idéologiques. Et on continue à faire croire qu’il faut détruire l’embryon humain pour sauver des grands brûlés. C’est indigne.

Nous citions l’initiative de Laurent Meeschaert, il est urgent que les fonds éthiques ne s’inquiètent pas seulement de très louables questions sociales mais aussi du respect de la dignité et de l’intégrité de l’être et de la personne humaine.

(NDLR : nos lecteurs découvriront avec grand intérêt les liens entre Marisol Touraine et les intérêts pharmaceutiques : http://siteinfosecusante.free.fr/spip.php?article3209; à lire également l’initiative de Laurent Meeschaert, www.embryo-ethics.com, cité dans le journal de campagne Vous trouvez ça normal ?)

Vous replacez les attaques que vous essuyez dans un contexte plus large. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Les socialistes ont une peur panique de notre volonté, en défendant ainsi l’embryon humain, de revenir sur la loi Veil. Mais je rappelle que l’IVG est juridiquement une disposition dérogatoire au respect de l’être humain dès sa conception. Quel que soit ce que chacun peut penser de cette loi, elle ne fait pas de l’interruption de la vie un principe mais une dérogation au principe de la vie.

Or, la proposition de loi dont nous parlons vise elle à faire de la destruction d’embryon humain  pour la recherche le principe. C’est un changement de paradigme quant à la défense de la forme la plus jeune de la vie humaine.

D’ailleurs, si certains parlementaires Verts font du zèle en faveur de cette libéralisation, ce n’est pas le cas des Verts allemands, qui, pour autant, ne sont pas taxables de lutte contre l’IVG.

Je note enfin que cette réforme est cohérente avec toutes les attaques du gouvernement contre la vie et la famille : mariage homosexuel,  réforme de la politique familiale, théorie du gender, course au dépistage prénatal de la trisomie 21. Nos positions sur ces sujets forment une chaîne, et le maillon le plus faible en est l’embryon.

Lors de la nuit historique à l’Assemblée nationale fin mars, qui a vu la mise en échec de la proposition de loi visant la levée de l’interdiction de la recherche sur l’embryon, qui sont les députés qui ont bataillé pour défendre l’embryon ?

Lors du dernier débat suite à la proposition du Parti Radical de Gauche, huit députés ont mené la bataille. Jean-Frédéric Poisson, Marc Le Fur, Philippe Gosselin ou encore Hervé Mariton étaient en première ligne.

D’autres députés étaient présents à leurs côtés comme Bernard Debré ou Jean Leonetti. Ces députés furent de véritables mousquetaires menant la lutte jusqu’à une heure du matin. Nous avons senti une totale adéquation avec notre propos dans leurs rangs et ce ne fut pas toujours le cas dans le débat politique.

Il faut dire que nous craignions que le texte ne passe à l’Assemblée dans la même indifférence qu’au Sénat, d’où notre mobilisation avec la campagne « Vous trouvez ça normal ? » qui entend surtout informer les citoyens qui n’avaient même pas entendu parler de l’arrivée du texte au Parlement.

Avec 52 000 signatures à la pétition et 100 000 cartes de protestation envoyées aux députés, nous sommes nous-mêmes surpris par cet élan. Ce fut le cas aussi sur les bancs de l’hémicycle.

 Enfin, vous rappeliez au lancement de la campagne, la même semaine que le Téléthon un certains nombre de critiques à l’égard de ce barnum médiatique. Qu’en est-il ?

Nous nous sommes mobilisés pour enquêter sur le Téléthon en 2005-2006 à la demande de nos donateurs. Je n’ai personnellement rien contre ce type de manifestation qui génère 100 millions d’euros chaque année pour la recherche.

Ce qui me préoccupe c’est leur promotion de la recherche sur l’embryon humain et le refus de la traçabilité des dons. Que tout cela soit masqué par une utilisation massive du pathos ne rend l’affaire que plus scandaleuse.

L’interview de Jean-Frédéric Poisson par nos amis de La Table Ronde!


 

Mariage homosexuel validé par le Conseil constitutionnel : pourquoi le sujet est loin d’être clos

 Publié le 17 mai 2013

Le mariage homosexuel a été validé par les Sages du Conseil constitutionnel. Empreint de contradictions intrinsèques et entaché d’un relatif sentiment d’illégitimité publique, survivra-t-il aux défis que pose de la question de la filiation.

Durant l’Antiquité, Socrate et le sophiste Protagoras se sont opposés au cours d’une controverse mémorable. À Protagoras qui déclarait que « l’Homme est la mesure de toutes choses », Socrate a répondu avec l’ironie cinglante qu’on lui connaît que c’est la folie qui devient la mesure de toutes choses quand tel est le cas. Pourquoi ? Parce que quand l’Homme mesure tout, plus rien ne mesure l’Homme.

A lire aussi sur Atlantico Mariage homosexuel : « non il n’est pas trop tard ! »… Un collectif de hauts fonctionnaires interpelle le président de la République

Les Sages du Conseil constitutionnel ont rendu leur verdict. Le mariage pour tous n’est pas anticonstitutionnel. Ce qui, dans le contexte actuel se comprend. Dans le monde laïc qui est le nôtre, la loi des hommes ayant remplacé la loi ontologique, il est normal qu’il en soit ainsi. Faisons du mariage un simple contrat comme un autre, le mariage pour tous n’a effectivement rien qui viole la loi.

Quand quelqu’un souscrit un contrat d’assistance avec un vendeur de machines à laver, ce vendeur ne lui demande pas s’il est hétérosexuel ou pas. Il n’a pas à le faire.

D’où la légitimité du mariage pour tous entendu comme contrat. Faisons du mariage un droit et rien qu’un droit. Ayant la même valeur qu’un contrat d’assistance avec un vendeur de machines à laver, il n’y a aucune raison de refuser le mariage aux homosexuels. Dans l’avenir toutefois, il est fort possible que le Conseil constitutionnel ait à repenser cela pour tous pour trois raisons.

I- Dans un premier temps, très vite va se poser la question de la PMA (Procréation médicalement assistée) ainsi que celle de la GPA (Gestation pour autrui). Il va falloir alors se demander si, pour que les parents homosexuels soient des parents comme les autres, il est légal d’enlever son père à un enfant en remplaçant le père absent par des paillettes ou par un tiers.

Tout comme il va falloir se demander s’il est légal d’enlever sa mère à un enfant en remplaçant celle-ci par le ventre d’une mère porteuse. L’État considère aujourd’hui le fait d’être un orphelin comme un drame qu’il faut secourir. Sera-t-il constitutionnel de promulguer le contraire ?

II- Admettons que les Sages qui auront à statuer sur ce cas décident de ne pas autoriser la GPA pour ne pas condamner certains enfants à l’orphelinat par avance, comment vont-ils s’y prendre pour expliquer aux couples homosexuels qu’ils ont le droit de se marier mais pas d’avoir des enfants ?

S’ils disent effectivement non, cela reviendra de fait de fait à supprimer le mariage pour tous en faisant de ce mariage un demi-mariage que les homosexuels n’accepteront certainement pas. D’où crise.

III- À l’inverse, si, pour satisfaire le désir des couples homosexuels les Sages entérinent la PMA et la GPA, il faudra qu’ils expliquent aux Français qu’une nouvelle ère est venue. Celle d’une humanité sans filiation. Les êtres humains auront une traçabilité de leurs origines comme la viande. Mais ils n’auront pas plus de valeur qu’elle.

Ce qui amènera à se demander si le Droit n’est pas en train de tuer l’Homme. D’où une autre crise.

Autrement dit, quoi qu’il arrive, du fait de la question de l’enfant, le mariage pour tous est amené à disparaître. Sauf si, au nom du Droit souverain de l’Homme, on en décide autrement. Cela voudra dire alors  qu’au nom du Droit et de l’égalité on n’est plus dans le Droit mais dans la violence et dans la folie.

Et là, c’est Socrate qui aura raison. On est fou quand on pense que l’Homme et le Droit sont la mesure de toutes choses.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l’auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010).


 

Civilisation : L’émergence d’une Grande Armée

Par Eric Martin le 16 mai, 2013 @ 13:51

Tribune libre de Jean Dutrueil

La Manif pour Tous du 24


L’historien Dominique Venner a une remarque très juste lorsqu’il dit que les très grands mouvements historiques ne sont pas toujours perçus par ceux qui les vivent, trop focalisés sur l’événementiel au lieu de voir le fond qui les provoque.

La France et l’Europe sont dans une phase cruciale de leur Histoire. La seule qui lui ressemble – en plus modérée – fut l’effondrement de l’Empire romain sur fond de dépaganisation, christianisation, désagrégation économique et invasions barbares.

Car aujourd’hui il y a bien invasion migratoire encore plus forte qu’au Ve siècle et qui n’est même plus européenne mais africaine et asiatique, un effondrement du christianisme sans une réelle spiritualité qui se substitue et une crise très profonde de la civilisation techniciste et individualiste.

Mais, à l’ombre de ce chaos, de très grands signes d’espoirs apparaissent et trop peu ont conscience de leur importance. La France n’a jamais été aussi à droite qu’aujourd’hui.

Voir sur ce sujet la très bonne étude du n°3986 de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles décryptant les récents sondages. De plus, alors que le XIXe siècle fut marqué par l’exode rural, celui-ci est marqué par l’exode urbain massif dans le périurbain et le rural des Français des classes moyennes et d’écrasante majorité de souche.

Selon le géographe Christophe Guilly, cette classe populaire est très intéressante à étudier. Pourquoi ? Car premièrement, même appauvrie par une situation économique morose, elle veut devenir propriétaire : certains s’endettent pour 20 ans ou plus. Cela signifie que les membres de cette classe ont un besoin d’enracinement géographique.

Je ne crois pas qu’ils ne font que fuir l’insécurité produite par le multiculturalisme et/ou la vie urbaine trop chère mais désirent aussi plus ou moins consciemment se rapprocher de la nature, car nos sociétés sont allées trop loin dans l’artificialisation de la vie.

De plus, même si ce petit peuple se marie de moins en moins, les familles se séparent plus rarement qu’en ville et la démographie est stable : 2,2 enfants par femme.

Ceux qui parlent du Grand Remplacement de population à l’instar de l’écrivain Renaud Camus observent seulement les villes entourées de banlieues d’immigrés et ne voient pas ce qui est en train de se passer ailleurs !

Au grand dam du Système, l’éternité du peuple français qui est sur ses terres depuis le néolithique, comme l’a rappellé l’historien Fernand Braudel, continue !

Comme l’a très bien décrit Étienne Lahyre sur le site de réinformation Boulevard Voltaire, un phénomène similaire de déplacement des autochtones vers le périurbain et le rural se déroule au Royaume-Uni qui subit une invasion migratoire semblable.

Ce peuple, s’il ne va pas à l’Église, qui ne répond plus à ses attentes, est pourtant taraudé par des questions spirituelles comme le soutient le journaliste Laurent Dandrieu : seulement 5% des Français pratiquent le catholicisme alors que 85 % désirent du spirituel… la question divine revient en force.

« Nous sommes en train de vivre un grand basculement dextrogyre. »

De plus, les sondages parus pendant l’élection présidentielle de 2012 ont montré un bouleversement révolutionnaire.

Selon Le Figaro:

30% des Français de 18-25 ans ont voté Marine Le Pen et,

28% pour Nicolas Sarkozy version Patrick Buisson qui avait un discours de campagne encore plus musclé que celui du FN.

Par conséquent, 60% sont de droite dure sachant que les extra-Européens de nationalité française votent massivement à gauche et regroupent 1/4 de la jeunesse. Donc l’écrasante majorité des jeunes de souche est très à droite.

L’un de ces sondages du Figaro demandait à ces jeunes Français les sujets les plus préoccupants. Le plus important est l’identité puis l’immigration, ensuite la sécurité et enfin l’économie. Cette échelle est très révélatrice :

- alors que nous allons vers un monde de plus en plus dégradé économiquement où les jeunes subissent le chômage de plein fouet, l’économie est en dernière position. Si les trois premières notions sont liées, elles sont malgré tout distinctes et l’identité n’est pas qu’un simple désire de vivre dans l’homogénéité ethnique mais aussi civilisationnelle et spirituelle.

De quoi donner raison à Régis Debray quand il déclare qu’ »une nation est un peuple, des frontières et une transcendance ». La souffrance provoquée par l’effondrement économique n’appelle pas un désir de confort mais, au contraire, une soif d’absolu et de grandeur.

Les Manifs pour Tous en sont la preuve éclatante, composées de nombreux jeunes à l’avenir plus qu’incertain qui, pour la première fois depuis un demi-siècle, défilent non plus pour des intérêts particuliers mais pour défendre l’un des fondements de notre civilisation européenne !

Nous sommes en train de vivre un grand basculement dextrogyre. Comme le remarquait le journaliste Bruno de Cessole dans son excellent Dîner des Réfractaires, la France d’avant 1789 était globalement de droite et depuis de gauche. Pourquoi ? Parce que, comme l’affirme Karl Max (qui ne dit pas que des bêtises), « l’infrastructure commande la superstructure ».

En d’autres termes, notre manière de vivre détermine ce que nous sommes. C’est la contre-civilisation du charbon et du pétrole qui permet le confort d’une société plate, matérialiste, égalitaire et individualiste. Un peuple plus près de la nature, de sa souffrance et de sa beauté, désire de la sacralité, de la verticalité et stabilité du pouvoir, du communautaire, du religieux, de la grandeur et de la puissance !

Or ce monde techniciste ayant entre autre permis des monstruosités idéologiques n’ayant aucun lien avec le réel (le communisme, le nazisme, le fascisme puis le multiculturalisme avec son règne total de l’argent) est en train de se détruire, lentement mais sûrement. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de pétrole à bas prix ! La fête est finie !

Et ce depuis le déclenchement de la crise de 2008, qui n’est pas qu’économique mais aussi énergétique car correspondant à la phase du pic pétrolier : phase où désormais nous consommons plus de ressources rares que nous en trouvons.

J’en veux pour preuve non pas les slogans des écolos bobos mais les études très bien faites d’ingénieurs et géologues ayant fait notamment leur carrière à Total tels Pascal Renardet ou Jean Laherrère expliquant que nous perdons désormais mondialement 5% de pétrole tous les 5 ans.

L’agence Internationale de l’Énergie (AIE) a, elle aussi, reconnu le passage de ce pic pétrolier. L’association d’ingénieurs pétroliers ASPO qui regroupe, entre autres, de nombreux anciens cadres de Total, souligne que toutes les récentes découvertes notamment en gaz de schiste, sables bitumeux, etc. ne couvrent que la moitié de la consommation mondiale, les stocks ne sont donc plus suffisants.

Nous sommes des animaux politiques. Puisque notre environnement se droitise, ne pouvant plus soutenir une telle artificialisation urbaine et tertiaire, et donc se rapprochant fatalement de la nature, nous suivons le mouvement. Aujourd’hui est la fin de Mai 68 sur fond de montée de chômage (1 000 personnes de plus chaque jours depuis 11 mois ; car il n’y a plus suffisamment d’énergie pour soutenir les emplois du capitalisme), mais dans 10-15 ans quand ce manque troublera l’agriculture et l’élevage intensifs (reposant sur les engrais à base de pétrochimie) et la répartition de nourriture par transport dans les villes alors ce sera la fin, et ce définitivement et pour toute la planète, de l’ère « technico-gauchiste » enclenchée à partir de la date symbolique de 1789 !

Donc ce n’est pas le moment de fuir mais au contraire d’être patient et courageux jusqu’à qu’une poignée d’entre nous qui sommes patriotes saisisse le pouvoir au bon moment pour accompagner ce gigantesque et grandiose mouvement historique !

28% des Français font confiance dans les partis politiques alors que 80% éprouvent de la sympathie pour l’Armée, source d’ordre et de sacrifice. La Grande Armée n’est plus désormais uniquement le nom d’une avenue parisienne…


 

Le dénouement du conflit syrien est proche

Fedor Loukianov

09:00 16/05/2013
« Un monde changeant » par Fedor Loukianov

Ca sent la fin de partie à Damas… Les nouvelles s’enchaînent après une détente relative.

Côté positif, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le premier ministre britannique David Cameron sont optimistes après leurs négociations avec les autorités russes. Une conférence internationale pour régler le conflit est en préparation.

Barack Obama apprécie particulièrement la coopération avec Moscou et l’Occident et la Russie ont désormais un credo commun : empêcher l’effondrement de la Syrie.

Tout le monde est d’accord sur ce point – quant aux moyens d’y parvenir, Moscou et l’Occident les perçoivent différemment et préfèrent ne pas en parler publiquement.

On ignore qui participera à la conférence. Pour l’instant, il s’agit seulement d’une initiative mais on aspire clairement à la mettre en œuvre.

Plusieurs « histoires destructrices » se déroulent en parallèle. Une vague de fuites dans la presse révèle que la Russie s’apprêterait à fournir à la Syrie des missiles sol-air S-300 et certains affirment même que c’est déjà fait. Rien n’est confirmé au niveau officiel mais c’est probablement ce que voulait dire le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Moscou.

D’après les rumeurs – en vain. Israël lui-même attaque la Syrie en s’approchant d’une ingérence dans le conflit. Une discussion étrange est lancée sur l’arme chimique – a-t-elle été utilisée, et si oui, par qui.
Etant donné qu’auparavant Obama annonçait que l’utilisation d’une arme de destruction massive serait un casus belli pour les USA, tout le monde a prêté l’oreille. Washington ne souhaite certainement pas mettre en application ses menaces : le président semble avoir une approche singulière des problèmes proche-orientaux, ce qui fait rager ses nombreux opposants.

Quoi qu’il en soit le moment est décisif – les partisans et les opposants d’un règlement politique du conflit passent à l’offensive les uns contre les autres. La guerre civile pourrait durer indéfiniment sans intervention extérieure. Plus elle durera longtemps, plus l’Amérique doutera de l’opposition syrienne – ceux contre qui les USA se battaient jusqu’à présent dans le cadre de « l’opération antiterroriste » prennent le dessus en Syrie. De facto et même de jure, il est politiquement impossible de soutenir Assad.

Il est pourtant risqué d’intervenir du côté des rebelles d’autant que la Russie et la Chine ne l’autoriseront jamais au Conseil de sécurité des Nations unies. Aucun espoir pour une Syrie « post-Assad » en paix. La conférence internationale dont on parle actuellement semble être une réunion de la dernière chance. Mais ces chances sont minces.

Même si les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et d’autres forces extérieures dessinaient le nouveau visage de la Syrie, cela ne signifie pas que les belligérants l’accepteront. Moscou ne commande pas Damas, de même que Washington ne maîtrise pas les opposants syriens. Les pays dont dépend le plus la situation en Syrie – l’Iran, l’Arabie saoudite et le Qatar – restent silencieux.

Leurs ordres du jour diffèrent de ceux des puissances mondiales.

En fait, l’Amérique et la Russie ont un seul différend fondamental :

par où commencer. Par le départ d’Assad ou l’élaboration de la nouvelle structure de la Syrie ? Les USA penchent pour la première option et la Russie pour la seconde.

La position russe n’est pas dictée par la sympathie envers le président syrien mais par l’allergie à toute action qui pourrait être considérée comme un changement de régime.

En d’autres termes, le départ d’Assad dans le cadre d’un processus politique entre les belligérants ne serait pas une tragédie pour Moscou. Mais il ne veut rien avant, et encore moins sur décision extérieure.

L’échec de la prochaine conférence mettrait les puissances dans une situation difficile. La pression de ceux qui estiment que les rebelles doivent bénéficier de tous les types d’assistance, y compris militaire, se renforcerait significativement sur Washington et les capitales européennes.

L’opinion publique occidentale ne tolérerait pas que la guerre civile dure encore des mois, alimentée par les descriptions des cruautés commises.

Une intervention militaire est improbable alors que la levée de l’embargo sur la livraison d’armes et la délégitimation d’Assad est très plausible. La Russie devrait alors pencher davantage du côté de Damas et lui fournir des armes, afin de maintenir l’équilibre. Dans ce cas le convoi de missiles sol-air S-300 serait assurément envoyé en direction des côtes syriennes. Cela ne rend pas les perspectives de la Syrie plus réjouissantes : la fragmentation du pays deviendrait pratiquement inévitable.

Pendant la crise syrienne les diplomates russes ont mentionné les accords de Dayton, qui avaient mis fin à la guerre de Bosnie. A l’époque, les dirigeants des camps en conflit avaient été enfermés dans une base américaine et n’avaient pas été relâchés avant qu’ils se soient entendus sur la structure de la nouvelle Bosnie. Certes, ils subissaient de fortes pressions mais personne n’avait été exclu du processus.

Une variante de ce modèle pourrait être appliquée en Syrie. L’histoire ne se répète pas littéralement mais au moins, il existe des schémas. Dans la situation actuelle il ne faut pas mettre entre parenthèses les efforts entrepris par les représentants d’Assad (ou lui-même, comme dans le cas des négociations directes avec Milosevic) et l’Iran, ainsi que des acteurs centraux.

En deux ans de crise Moscou n’a pratiquement pas bougé de sa position initiale mais continue toujours de viser le succès. Car son intransigeance sera justifiée après une solution politique en Syrie. On pourrait alors dire que les longs efforts de la Russie pour défendre ses principes et ses intérêts ont permis de réussir.

En cas d’échec – avec ou sans ingérence extérieure – Moscou pourrait s’en distancer mais ce travail de longue haleine de plus de deux ans serait réduit à néant, et sa réputation d’allié des « éternels condamnés » ne ferait que se renforcer


DEBKAFILE- L’Arabie Saoudite se rapproche de l’Iran et abandonnerait la partie. Les Usa avec

 L’Arabie Saoudite a décidé d’explorer la voie du dialogue avec son grand rival régional, l’Iran, afin de mettre un terme au conflit syrien et assurer l’avenir politique du Liban, révèlent les sources de Debkafile dans le Golfe

Ils ont renoncé à la politique américaine pour la Syrie, au vu du soutien inflexible russe et iranien à Bachar al Assad ; son armée, sur les champs de bataille, bénéficie de l’aide du Hezbollah et des forces bassijies iraniennes ; et la Turquie est restée passive, après les attentats à la bombe de samedi, dans la ville de Reyhanli, près de la frontière syrienne, qui ont fait 46 morts.

Le Ministre des affaires étrangères saoudien, Saud al-Faiçal, a tiré parti de la Conférence de l’Organisation Islamique –OCI, à Jeddah, cette semaine, consacrée au conflit malien, pour rencontrer, lundi 13 mai, le Ministre des Affaires étrangères iranien, Ali Akbar Salehi, qui faisait partie de l’assistance.

Nos sources révèlent que la première priorité de Riyad est de stabiliser le Liban, par le biais d’une entente saoudo-iranienne, en vue de l’atteinte d’un équilibre politique à Beyrouth. Les Saoudiens chercheraient, alors, un accord avec Téhéran sur les conséquences de la guerre civile syrienne
Les dirigeants saoudiens en sont arrivés à la conclusion, que l’Occident et Israël restent lents à reconnaître que, depuis que l’alliance irano-syrienne, s’appuyant sur le Hezbollah, poursuit son avance, dans le conflit syrien et remporte des victoires, ils feraient mieux de veiller à leurs intérêts au Liban, qui reposent massivement sur le clan sunnite, conduit par Saad Hariri.

S’ils attendent jusqu’à ce qu’un Hezbollah victorieux entame sa marche triomphale pour s’emparer, définitivement, du pouvoir à Beyrouth, tenter de protéger la communauté sunnite du Liban deviendra, à partir de là, de plus en plus épineux.

Le Hezbollah a renforcé son influence stratégique au Liban et en Syrie et son dirigeant Hassan Nasrallah aura plus facilement son mot à dire, dans tout accord concernant le Liban, en s’appuyant sur la force de son soutien, couronné de succès, pour Assad.

Ces problèmes ont été parcourus, après plusieurs heures de discussion, entre les ministres des affaires étrangères saoudien et iranien. Riyad a très peu confiance en l’initiative entreprise par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry pour parvenir à convoquer une conférence internationale avec la Russie et mettre un terme au conflit syrien.

Obama lui-même, a laissé grande ouverte la question du sens de cette conférence, lors de sa conférence de presse à la Maison Blanche, avec le Premier Ministre britannique David Cameron, lundi, où il a évoqué « des soupçons persistants entre la Russie et les Etats-Unis » , qui continuent de courir, depuis la Guerre Froide.

Le Président américain a déclaré ne pas savoir si la Russie coopérerait à des initiatives visant à exclure Assad du pouvoir, de façon à permettre à Washington et Moscou de travailler ensemble à une solution.

La vérité est que Poutine a résolument appuyé le dictateur syrien au cours des plus de deux ans de conflit syrien.

Tout accord saoudo-iranien, s’ils poursuivent, effectivement, en ce sens, jusqu’à terme, irait à l’encontre de la vision d’Obama sur le problème syrien. Riyad devrait satisfaire Téhéran, au moins sur la moitié des aspirations du Hezbollah pro-iranien, qui vise à assurer un rôle à Assad dans tout arrangement politique futur, qui chercherait à mettre fin à la guerre interne syrienne.

Les Saoudiens désapprouvent, également, profondément le rôle joué par la Turquie en Syrie.

La voie qu’ils ont ouverte, avec Téhéran, vise l’objectif supplémentaire de déjouer la stratégie du Premier Ministre turc Tayyip Erdogan, avant qu’il n’atteigne la Maison Blanche, jeudi 16 mai, pour s’entretenir avec le Président Obama, au sujet de l’imbroglio syrien.

http://debka.com/article/22967/Saudis-explore-Iranian-options-for-Syria-Lebanon-in-talks-with-Iran%E2%80%99s-Salehi


Moyen-Orient: Les Russes vent arrière

mai 15, 2013 Posté par vilistia sous MOYEN-ORIENT REPERES, Russie politique extérieure

14/05/2013 – Bloc-Notes

Observons d’abord, puisque c’est aujourd’hui que Netanyahou est allé rendre ses devoirs à Poutine, à Sotchi-Canossa, que nous avons connu d’autres temps où des problèmes de cette importance et de ce domaine (livraisons ou pas de S-300 à la Syrie où se déroule une guerre qui concerne “la communauté internationale”) se réglaient avec les USA, et où un Premier ministre israélien, s’il avait quelque chose à dire à Moscou dans ce domaine, consultait d’abord les USA et s’en remettaient aux USA.

Mais, aujourd’hui, les USA, c’est, disons, l’“isolationnisme-cool”. Alors, Netanyahou va directement voir Poutine.

…Lequel Poutine dirige une puissance qui prend de plus en plus de place au Moyen-Orient. Certains jugeraient que la Russie est en train de reprendre sa place au Moyen-Orient, du temps de la Guerre froide.

Nous aurions tendance, nous, à aller plus loin que cela ; c’est-à-dire, envisager simplement que les Russes sont en train d’y prendre une place prépondérante, pendant que les USA s’effacent… Nous détaillons quelques faits qui semblent aller dans ce sens, directement en faveur des Russes, ou indirectement.

• La flotte russe s’installe en permanence en Méditerranée, retrouvant la place qu’y occupait le 5ème Escadron naval en Méditerranée, actif de 1967 jusqu’à sa dissolution en 1992.

La décision de réinstaller une unité autonome russe en Méditerranée a été prise en avril et l’on a aujourd’hui des détails sur cette flotte permanente, qui aura son propre état-major, et qui disposera éventuellement de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. (Voir Novosti, le 12 mai 2013.)

«Russia’s Mediterranean task force will comprise 5-6 warships and may be enlarged to include nuclear submarines, Navy Commander Adm. Viktor Chirkov said on Sunday. “Overall, already from this year, we plan to have 5-6 warships and support vessels [in the Mediterranean Sea], which will be replaced on a rotating basis from each of the fleets – the Black Sea, Baltic, Northern and, in some cases, even the Pacific Fleet. Depending on the scope of assignments and their complexity, the number of warships in the task force may be increased,” Chirkov told RIA Novosti.

»The Russian navy commander also said nuclear submarines could be deployed in the Mediterranean, if necessary. “Possibly. In a perspective. They [submarines] were present there during the existence of the 5th squadron. There were both nuclear and diesel submarines there. Everything will depend on the situation,” he said.»

• Il est clair que l’affaire des attaques israéliennes contre la Syrie, puis la décision russe de livrer des S-300 à la Syrie ont resserré les liens entre la Russie et la Syrie.

La même chose pourrait survenir avec l’Iran, si la vieille affaire opposant la Russie et l’Iran, concernant une commande iranienne de S-300 que la Russie a refusée jusqu’ici d’honorer à la demande du bloc BAO, était résolue dans le même sens (livraison de S-300 à l’Iran).

De même, les Russes ont l’intention d’accélérer des livraisons d’armes à l’Irak, après le déblocage (voir le 27 avril 2013) de l’énorme contrat d’armes russes commandées par l’Irak. On retrouve bien entendu une ligne d’alliance Téhéran-Bagdad-Damas qui se fait selon une dynamique qui a notamment les allures d’un soutien matériel russe actif.

• … Ce à quoi il faut ajouter désormais le Hezbollah. Des nouvelles sont répercutées, commentées et enrichies par Jean Aziz, journaliste libanais au quotidien Al-Akhbar et à la station TV OTV, dans Al-Monitor Lebanon Pulse du 12 mai 2013, à propos des contacts récents entre la Russie et le Hezbollah et les perspectives qui s’ouvrent pour ces deux interlocuteurs, selon une dynamique nouvelle de coopération.

On observera, souligné par nous en gras, l’appréciation selon laquelle ces deux interlocuteurs parlent en termes d’équilibre général dans lequel la Russie serait désormais appelée à jouer un rôle prépondérant.

«For the second time in nine days, Hezbollah Secretary-General Hassan Nasrallah appeared in a televised speech, knowing that both appearances fall into the same political context — one that was previously discussed in this column to indicate three reasons behind the timing of the two appearances and speeches.

»The previous article detailed the first reason behind the appearance of Nasrallah, which was to confirm the religious tenets and the ideological justification of Hezbollah’s stance on the Syrian situation.

The second reason was directly related to the political developments in Lebanon and its neighboring regions, starting with the visit of Russian Deputy Foreign Minister Mikhail Bogdanov to Beirut on April 26 and 28.

The Russian minister’s visit to the Lebanese capital after Tehran and Damascus is not without meaning. Clearly, Russia, Iran, Syria and Hezbollah have been coordinating at some level and have tackled all the regional developments and stances taken in this regard by any of the elements of this new axis… [...]

»Meanwhile, sources in the know on the results of Bogdanov’s visit to the Lebanese capital revealed to Al-Monitor that the conversation clearly tackled the role of Russia in protecting the forces that are close to it in the region, as well as the importance of facing Washingtonand returning the balance to the global system in its Middle Eastern side at least.

Moreover, both officials discussed the prospects of imposing the demarcation of the international spheres of influence in this region. In a clear and straightforward conversation, they brought up the different as well as matching ideological, economic, geostrategic and security-related interests of Moscow and local forces in achieving these goals.»

• Le dernier point concerne ce qui pourrait constituer un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, manœuvre qui ne déplairait pas à la Russie, qui a de bons liens avec l’Iran et des liens qui ne sont pas si mauvais avec l’Arabie.

La nouvelle est présentée par DEBKAFiles (le 13 mai 2013), qui suit désormais avec une hargne particulière l’enchaînement des épisodes marquant la dégradation de la position US au Moyen-Orient.

«Saudi Arabia has decided to explore dialogue with its great regional rival Iran for ending the Syrian conflict and assuring Lebanon’s political future, DEBKAfile’s Gulf sources report. They have given up on US policy for Syria in view of Russian and Iranian unbending support for Bashar Assad; his battlefield gains aided by Hizballah and Iranian Bassij forces; and Turkey’s inaction after Saturday’s terrorist bombings in the town of Reyhanli near the Syrian border which caused 46 deaths.

Saudi Foreign Minister Saud al-Faisal took advantage of the Organization of Islamic Conference-OIC, in Jeddah this week on the Mali conflict for getting together Monday, May 13, with Iranian Foreign Minister Ali Akbar Salehi who was in attendance.

»Our sources report that Riyadh’s first priority is to stabilize Lebanon through a Saudi-Iranian entente on political equilibrium in Beirut. The Saudis would next seek an accord with Tehran on the outcome of the Syrian civil conflict.

»The Saudi rulers have come to the conclusion, which the West and Israel have been slow to acknowledge, that since the Iranian-Hizballah-Syrian military alliance is pulling ahead in the Syrian conflict and chalking up victories, they had better look to their interests in Lebanon, which hinge heavily on the Sunni clan headed by Saad Hariri. If they wait till a victorious Hizballah comes marching home and grabs power in Beirut, protecting Lebanon’s Sunni community will be that much harder…»

Le même texte fait état du faible crédit accordé par les Saoudiens au projet de conférence organisée par les USA et la Russie conjointement, notamment à la lumière du peu d’enthousiasme que montrerait Obama pour la chose, – souligné, ce peu d’enthousiasme, par la remarque d’Obama lors de sa conférence de presse du 13 mai avec Cameron, concernant la “suspicion persistante héritée de la Guerre froide, entre la Russie et les USA” («“lingering suspicions between Russia and the US” left over from the Cold War»).

Cette remarque est très singulière, dans la mesure où cette suspicion n’est nullement en état de persistance, mais plus évidemment une ré-invention des USA, à coup de lobbies, d’“agression douce”, d’accusations humanitaristes, etc., contre la Russie, alors que la Russie a au contraire depuis longtemps écarté cette sorte de suspicion dont parle Obama.

La phrase d’Obama, qui pourrait étonner certains venant d’Obama, évoque plutôt une paranoïa persistante du côté US, cette paranoïa si naturelle qu’elle n’a nul besoin du souvenir de la Guerre froide pour se faire sentir, et qui s’alimente plutôt à une complexité psychologique dont les USA n’ont besoin de personne pour l’entretenir dans leur propre chef…

Dans tous les cas, cette phrase et ce qu’elle évoque éclairent d’une lumière moins amicale l’“isolationnisme-cool” dont nous parle Stephen M. Walt, la lumière du désenchantement découragé devant ce qui est effectivement, bien plus qu’un repli tactique des USA, une position de plus en plus forcée devant son propre déclin et l’effondrement de sa propre puissance.

Dans ce cas, il est alors remarquable de voir, devant la perspective du possible échec de la tentative Russie-USA de cette conférence sur la Syrie, un pays comme l’Arabie envisager de se tourner vers l’Iran et, au-delà et par simple enchaînement, en partie vers la Russie, pour trouver une issue de stabilisation à un désordre qui échappe de plus en plus à tout contrôle des acteurs extérieurs.

Si elle s’affirmait, cette dynamique ne laisserait ni la Jordanie, ni l’Égypte insensibles, certes…

Dans cette interprétation, on note également une considération bien peu amène pour la Turquie dont les manœuvres effrénées de déstabilisation depuis près de deux ans conduisent à l’impasse du désordre sur son propre territoire, chose également reprochée par Obama à Erdogan.

(Les USA sont notamment inquiets des grandioses projets turcs de rassemblement d’un Kurdistan, avec ses parties syrienne et irakienne, à cause des menaces que ce projet fait peser non seulement sur l’Irak, mais sur la Turquie elle-même. Mais Erdogan oppose à ces craintes une assurance sans faille de lui-même et de sa politique.)

Le constat est donc que, devant l’évolution de la situation en Syrie, le camp constitué par le bloc BAO commence à céder à des tendances de délitement dans tous les sens tandis que la Russie évolue d’une position centrale d’une possible médiation qui s’avère de moins en moins possible, vers une position d’organisatrice d’un nouveau rassemblement au Moyen-Orient à partir de ses liens avec l’Iran, la Syrie, puis avec l’Irak, le Hezbollah et, éventuellement, d’autres acteurs qui deviendraient des transfuges du camp BAO.

Tout se passe comme si le désordre commençait à épuiser ceux qui ont contribué à le créer, avec un éparpillement de ce rassemblement hétéroclite, dont la Russie sortirait nécessairement comme acteur extérieur central au Moyen-Orient. Cela serait une rétribution logique, et juste si l’on veut, du rôle qu’elle a tenu jusqu’ici.

Il ne s’agit pour l’instant de rien d’autre que d’une perspective, et le désordre lui-même est loin d’avoir dit son dernier mot, et sans doute aura-t-il toujours son mot à dire dans le contexte de la séquence actuelle.

Mais la tendance générale se dessine de plus en plus clairement, et elle s’affirme à partir du caractère d’insupportabilité du processus d’autodestruction du Système, qui bouscule ou emporte tous ceux qui ont misé dessus (sur le Système), avec certains cherchant d’ores et déjà à sortir leur épingle du jeu.

Quoi qu’il en soit, il existe aujourd’hui la possibilité d’un intéressant renversement de situation qui donnerait au “printemps arabe“ une alluré inattendue ; cette possibilité, si elle est nécessairement caractérisée par le désordre évident au Moyen-Orient, le serait surtout, dans ce cas, par la hiérarchie des influences extérieures, avec la Russie revenant en force dans cette région et n’étant pas loin d’être en position de supplanter des USA de plus en plus amers, impuissants de leur incompréhension de la situation, bien plus fatigués que cool finalement.

Dans ce cadre, il est possible que l’Israélien Netanyahou parle à Poutine de bien autre chose que de S-300, les Israéliens pouvant estimer eux aussi que leur choix exclusif du “parrain” américaniste devient discutable.

Effectivement, à côté de ces événements qui on leurs significations diverses et parfois surprenantes, on distingue l’apparition d’un phénomène d’épuisement psychologique, se traduisant par une dérive des politiques vers des orientations complètement imprévues.

Cet épuisement psychologique est un facteur central de la crise d’effondrement du Système, comme nous ne cessons de le souligner, jusqu’à ses racines historiques fondamentales.

Ce n’est qu’un paradoxe apparent si cet épuisement frappe les acteurs périphériques de la crise syrienne, plus que les acteurs directs, parce que ces acteurs périphériques sont directement connectés à la crise d’effondrement du Système.

La position de force de la Russie, elle, tient évidemment à sa politique principielle, effectivement appuyée sur le respect et la défense des principes structurants, seul moyen d’échapper à cet épuisement causé par les forces déstructurantes et dissolvantes du Système.


 

Le pouvoir prend-il la bonne mesure du « contre-mouvement » pour tous ?

12 mai 2013 Par [email protected]

La plateforme de contestation « pour tous » qui est en place est bien réglée. Elle répond aux standards de la défense par l’action civile non violente (1) et elle a déjà obtenu des résultats, même si le but, le retrait de la loi sur le mariage, n’a pas été atteint :

les manifestations à répétition ont cassé les liens entre le gouvernement et une bonne moitié de la population. 700 000 pétitions jetées à la Seine ont sérieusement entamé le sentiment démocratique.

Le Président n’est plus le président de tous. Les actions symboliques et les happenings ont perturbé les comportements établis et bouleversé l’espace public. Les obstructions « non violentes » ont gêné les  déplacements des ministres et le Président, chez lui, à Tulle. La communication d’Etat a été brouillée par les réseaux sociaux.

On pourra toujours discuter la portée de ces résultats. Si le mouvement s’arrête en mai, comme semble l’anticiper le Gouvernement, ils devront être considérés comme décevants au regard des énergies déployées. Si le mouvement se prolonge et se structure encore, l’Etat, et plus seulement le Gouvernement, devra sérieusement s’inquiéter.

Aujourd’hui, deux questions se posent : cela va t-il durer et jusqu’où cela peut-il aller ? Nous proposons une lecture en biais des événements récents.

« Les veilleurs » créent la possibilité d’installer la contestation dans la durée.  Avec, finalement, peu de monde, ils permettent d’envisager le temps long, celui que les politiques n’ont plus ni en vue ni en rêve. Comment ? Simplement en créant cet écho permanent des grandes manifestations. Les veilleurs, c’est la note « bourdon » qui donne sa profondeur à la partition jouée (2).

Ensuite, les verrines qui brillent la nuit envoient un signal ancestral perçu par tous. Que dit ce signal ?

«Nous sommes une assemblée libre». Quelles sont les paroles prononcées dans ces veillées ? «Nous voulons vivre dans une société qui aime la nature et la beauté. Une société qui porte l’excellence. Nous croyons à la culture classique. La Révolution ne doit pas se faire contre l’homme. Notre démocratie doit être plus directe».

Le pari du gouvernement est que tout cela va s’arrêter après la promulgation de la Loi ou après l’été.

Mais rien ne permet d’étayer cette hypothèse. Un regard objectif constate d’abord qu’une plateforme de contestation est en place et monte en puissance ; ensuite que le mouvement « contre la Loi» élargit ses références et pose désormais la question d’une refondation politique profonde.

En s’appuyant sur une stratégie de globale de défense par l’action civile non violente, le mouvement de protestation contre « le mariage pour tous » a naturellement évolué vers un mouvement «pour un nouveau pacte global ». Le Gouvernement en a t-il conscience ?

L’opposition en prend t-elle la mesure ?

Pierre-Alexis Goubault

(1)  La défense par l’action civile

Gene Sharp, Albert Einstein Institution

http://www.aeinstein.org/

(2) Keith Richards, Life


 

La jeunesse française est-elle frappée d’acédie ?

Le Point.fr – Publié le

Pour Charles Consigny, 22 ans, la gauche au pouvoir étouffe la jeunesse, lui bouche l’horizon et asphyxie la France. Pire, elle a bloqué l’ascenseur social.

François Hollande, président de la République.

François Hollande, président de la République. © Joël Saget / AFP
Par

Dans Le Monde du 11 mai 2013, le grand George Steiner (84 ans, critique, philosophe) répond à la dernière question du journaliste « Quel sera, selon vous, l’avenir de la jeunesse estudiantine, avec laquelle vous êtes en contact ? » de la façon suivante :

« Il m’effraie. Nous sommes en train de créer une apathie chez les jeunes, une « acédie », grand mot médiéval, sur laquelle Dante et saint Thomas d’Aquin ont écrit des choses formidables. Cette forme de torpeur spirituelle me fait peur. Le philatéliste qui est prêt à tuer pour un timbre, lui, a de la chance. »

Wikipédia définit ainsi l’acédie : « Dans la religion catholique, l’acédie est un mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, le dégoût pour la prière, la pénitence, la lecture spirituelle. L’acédie peut être une épreuve passagère, mais peut être aussi un état de l’âme qui devient une véritable torpeur spirituelle et la replie sur elle-même. C’est alors une maladie spirituelle. »

Une jeunesse plus abrutie que celle des générations précédentes

Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, ni de quoi est faite la jeunesse. L’avenir est noir et la jeunesse est paresseuse. Elle est assez peu encline à sortir du cadre, assez soumise, obéissante (je parle de celle que je connais, la française), et donc obéissante à ce qui a noirci cet avenir. Idiote, finalement, incapable d’inverser le mouvement.

Certains jours, j’ai l’impression que les gens de mon âge sont tous plus bêtes et incapables les uns que les autres, d’autres, je leur trouve au contraire du talent, de la poésie, de l’imagination et parfois du courage. Les progressistes estiment que la jeunesse est telle qu’elle a toujours été, je crois quand même qu’elle est un peu plus abrutie que celle des générations précédentes.

Globalement, elle est inculte, franchement inculte, dotée de connaissances plus que vagues dans tous les domaines, l’histoire en particulier. Elle est mondialisée et mondialiste, ne comprend plus les discours vantant les mérites de l’existence même d’une nation, à l’intérieur de frontières, gouvernée par un pouvoir fort, etc. : tout ça la dépasse, Rio est tout proche et tellement plus vivant.

Nous vivons la fin des nations. Elles ne meurent pas parce qu’elles sont inefficaces, elles meurent parce qu’elles sont conquises, avalées par la globalisation. Les nouvelles générations se moquent absolument de toute idée patriote : pour eux, cet espace est trop étroit, il est synonyme de chômage et d’impôts, de gouvernants nuls et de mauvais temps. Les jeunes Français n’aiment plus du tout la France :

soit ils la quittent, soit ils en brûlent les emblèmes. À cause de la nouvelle grande dépression provoquée par le socialisme, il est devenu impossible de réussir autrement que grâce à des parents ayant déjà eux-mêmes réussi.

La gauche, avec ses taxes, ses règles, son désastre scolaire, sa médiocrité jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, son discours misérabiliste et bas du front, sa haine du patron, a tellement bloqué l’ascenseur social qu’elle a fait la fortune des héritiers.

Le problème français, c’est la sécurité de l’emploi de ses dirigeants

Je crois que si la jeunesse française est acédique, c’est parce que la France ne croit plus en elle-même, et je crois que la raison à cela, c’est qu’elle est trop normée. La législation sur le travail, sur le tabac, sur la drogue, sur la sécurité routière, sur l’urbanisme, se déploie comme une gigantesque toile d’araignée tissée de fils barbelés à l’intérieur desquels le moindre mouvement est impossible à moins d’enfreindre la loi.

Tout est fait pour tuer les individus par étouffement. Seul l’argent permet de sortir un peu de ça, mais il est désormais interdit d’en gagner : les héritiers sont les derniers à s’amuser un peu, et beaucoup d’entre eux préfèrent danser ailleurs.

Le grand problème français, c’est la sécurité de l’emploi de ses dirigeants. La gauche au pouvoir, que ce soit le pouvoir politique ou celui de l’administration, raisonne et gouverne comme si les entrepreneurs entreprenaient sans stress, avec le même état d’esprit que les fonctionnaires.

François Hollande, qui est certain, depuis son entrée à l’Ena, d’avoir tous les mois, quoi qu’il advienne, un salaire confortable même s’il ne fait rien pour cela, ne peut rien comprendre à la création. Les créateurs, qu’ils soient peintres ou boulangers, créent avec l’angoisse au ventre ; souvent, ils doivent avoir faim pendant des années avant de pouvoir jouir des fruits de leur sueur et de leur talent.

Or, ces gens sont le poumon de la collectivité. Cela ne les autorise certes pas à tous les abus, mais cela leur donne le droit à tous les excès, l’excès étant la matrice même de leur action. Puisqu’on les étouffe, c’est tout le pays qui, avec eux, est asphyxié.

Le « choc de simplification » promis par notre président ne servira à rien s’il ne s’accompagne pas d’un choc de défiscalisation, de déflation législative et réglementaire, et de créativité, d’art partout. La France a besoin d’un choc d’art partout.


 

QUE DÎTES-VOUS DE CELA, M.MÉLENCHON ?

Dédicace à M. Mélenchon

LE PRINCIPAL SYNDICAT BRITANNIQUE DES TRANSPORTS DEMANDE LE RETRAIT DU ROYAUME-UNI DE L’UE

Le RMT (National Union of Rail, Maritime and Transport Workers), – en français : Union nationale des Travailleurs des Transports, du Rail et de la Marine marchande -  est le principal syndicat britannique des travailleurs des transports. Il compte plus de 80.000 membres, et son secrétaire général actuel est Bob Crow.

Résultant de la fusion de l’Union nationale des cheminots (UNR) et de l’Union nationale des marins (NUS), le RMT est actuellement l’un des syndicats de Grande-Bretagne en plus forte croissance.

Ce succès s’explique par le fait que l’une des principales particularités du RMT est d’être clairement anti-européen, et que ses critiques contre l’UE soient formulées d’un point de vue de gauche. L’un des slogans essentiels du RMT – adopté en 2009 -  est « NON À L’UE – OUI À LA DÉMOCRATIE », slogan que l’on croirait sorti tout droit de l’UPR française créée en mars 2007, deux ans auparavant.

Ainsi, le RMT ne focalise pas ses critiques sur les seuls gouvernants britanniques, comme si c’était eux qui étaient entièrement responsables du désastre économique et social.   À la différence des syndicats français, le RMT fait de l’éducation populaire comme le fait l’UPR en France :

il insiste sur l’écrasante responsabilité de la prétendue « construction européenne », explique à ses syndiqués que c’est là que se trouve le  vrai pouvoir, démontre que l’ensemble du processus européen est dictatorial, et en tire la conclusion logique – la même que celle que nous tirons -, à savoir que le Royaume-Uni doit sortir de l’UE afin de rétablir la démocratie.

Toutefois, et à la différence de l’UPR, qui est un mouvement politique rassemblant les Français de toutes les opinions politiques afin de faire sortir la France de l’UE, le RMT est un syndicat qui se classe à gauche.

Il veut réaliser une large coalition altermondialiste de gauche afin d’offrir une alternative aux analyses et aux propositions – qu’il juge xénophobes et trop favorables aux entreprises – du UKIP (United Kingdom Independence Party) de Nigel Farage.

Exemple de campagne du RMT : Cette affiche dénonce clairement l’origine européenne du désastre et proclame : « Non aux diktats de l’UE sur la « libéralisation » du Rail. Mobilisez-vous ! »

Sur cette banderole, on peut lire : « Arrêtons le club de naufrageurs de l’UE !»


  
Le secrétaire général du RMT, Bob Crow, ici à gauche, s’adresse aux manifestants.

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RMT, LE PRINCIPAL SYNDICAT BRITANNIQUE DES TRANSPORTS DEMANDE LE RETRAIT DU ROYAUME-UNI DE L’UE ET DÉNONCE LE FAIT QUE CETTE PROPOSITION SOIT LAISSÉE AUX SEULS FORCES DE DROITE 
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Comme le savent mes lecteurs, le débat sur l’organisation d’un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE fait rage outre-Manche, surtout depuis que le Premier ministre David Cameron – succombant aux pressions directes de Washington – a « oublié » de parler de ce projet de référendum dans le très récent Discours du Trône [ cf. http://www.u-p-r.fr/actualite/europe/union-europeenne-le-navire-prend-leau-de-toute-part]

C’est dans ce contexte politique très animé que le RMT vient de publier un communiqué – le 13 mai 2013 – afin de réclamer, lui aussi, la sortie de l’UE.

Comme la presse française, de même que les principaux syndicats et partis dits « de gauche » français, respectent l’omerta sur ce très intéressant communiqué, il nous a semblé nécessaire d’en faire profiter nos milliers de lecteurs.
[ Lien pour avoir le texte d'origine : http://www.rmt.org.uk/Templates/Internal.asp?NodeID=173826 ]

Voici la traduction de ce communiqué :

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LE SYNDICAT APPELLE À LA SORTIE DE L’UE

Le syndicat des transports RMT a appelé aujourd’hui à une sortie de l’Angleterre de l’UE. Il a aussi accusé les médias de ne donner la parole qu’à des personnalités de droite pour représenter les positions anti-UE dans le débat, alors que c’est la classe ouvrière qui souffre le plus en Europe, du fait des mesures d’austérité imposées par les banquiers et le monde des affaires.

Le secrétaire général du RMT, Bob Crow, a déclaré :

« La position du RMT est claire, non seulement nous pensons qu’il devrait y avoir un référendum sur la sortie de l’Angleterre de l’UE plus tôt que prévu, mais nous nous prononçons sans équivoque en faveur de cette sortie.

« Partout en Europe, et plus particulièrement en Espagne et en Grèce, qui sont dans l’œil du cyclone, c’est la classe ouvrière qui souffre le plus, alors que la démocratie part en lambeaux et que l’UE et la Banque centrale demandent des coupes en matière d’emplois, de salaires et de retraites, ainsi que la privatisation systématique des biens publics.

« Le RMT ne restera pas passif et ne laissera pas le UKIP et l’aile droite du Parti conservateur dominer ce débat. Si des ministres comme Michael Gove soulèvent seulement maintenant la question de la sortie de l’UE, c’est par pur opportunisme politique. Celui-ci se moque éperdument du taux de chômage chez les jeunes en Europe ; la seule préoccupation de ces « tories » [ conservateurs ] opposants de la dernière heure est de sauver leur carrière politique.

« Le RMT va continuer à défendre une position de gauche, du côté des travailleurs, en vue d’une sortie de l’Angleterre de l’UE qui mettra en avant l’emploi, le niveau de vie, la démocratie et les services publics. La vérité est que l’on ne peut pas être à la fois pro-européen et anti-austérité, lorsque l’ensemble de la structure du projet européen est dominé par les intérêts des banquiers et du monde des affaires, qui sont les forces agissantes derrière l’imposition des mesures d’austérité dans tout le Continent. »

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CONCLUSION : QUE DÎTES-VOUS DE CELA, M. MÉLENCHON ?
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Si le RMT britannique appelle à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, c’est parce que ses dirigeants ont parfaitement compris – comme l’UPR – que la prétendue « construction européenne » est un processus nécessairement autobloquant et dictatorial, du fait de l’absence d’un « peuple européen » et de l’irréductible divergence des intérêts nationaux.

Les dirigeants du RMT ont parfaitement compris que les projets d’ « Autre Europe » sont des leurres irréalisables, agités par des politiciens sans scrupule pour amener les salariés à prendre leur mal en patience jusqu’à la Saint Glinglin.

Je rappelle à cette occasion la démonstration mathématique que j’ai faite récemment dans ma conférence sur « les 10 raisons de sortir de l’UE » : https://www.youtube.com/watch?v=Ch5Bfe5j29A (à partir de 4’30’’)

Je rappelle que, pour « changer d’Europe », il faudrait modifier de fond en comble les traités (supprimer par exemple l’article 63 du TFUE pour empêcher les délocalisations).

Dans ces conditions, il est fondamental de calculer la probabilité statistique d’avoir 27 États d’accord au même moment sur un « changement d’Europe » radical.

Si l’on postule – pour simplifier – que, la probabilité que les électeurs élisent une majorité de gauche social-démocrate est de 50% dans chaque État de l’UE (et qu’elle est de 50% pour choisir une majorité de droite libérale), alors, la probabilité que les 27 États de l’Union européenne aient une politique unanime pour changer les traités européens dans un sens « de gauche social démocrate » est donc actuellement de (0,5) 27   =  0, 75 x 10-8.  

Soit l’équivalent de 6 heures tous les 100.000 ans…. Autant dire rien.

Et encore cette estimation est-elle largement surévaluée puisqu’elle fait abstraction des divergences d’intérêts nationaux entre les 27 États, divergences qui font que les partis sociaux-démocrates (de type PS français, SPD allemand, PSOE espagnol, Labour britannique, etc.) sont très loin d’avoir les mêmes programmes !

Et si l’on postule, maintenant, que, la probabilité que les électeurs élisent une majorité de type « Front de gauche » est de 15 % dans chaque État de l’UE (ce qui est un taux très largement surestimé), alors, la probabilité que les 27 États de l’Union européenne aient une politique unanime pour changer les traités européens dans le sens voulu par le « Front de gauche » français est donc actuellement de (0,15) 27  = 5,685 10-23 = 0,000 000 000 000 000 000 005 685 chances sur 100.

Soit l’équivalent probabiliste de 1,8 seconde tous les 10 trillions d’années (10 milliards de milliards d’années).

Que dîtes-vous de cela M. Mélenchon ?


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C’est parce que le RMT a compris que l’arnaque européenne repose sur une fatalité statistique qu’il propose aux ouvriers et salariés britanniques de sortir de l’Union européenne.

C’est au contraire parce que M. Mélenchon veut maintenir, coûte que coûte, les ouvriers et salariés français dans ce système d’asservissement européen qu’il est permis d’affirmer qu’il agit – et les principaux responsables syndicaux français avec lui – comme un « syndicaliste jaune » : il fait semblant de combattre avec véhémence l’oligarchie dont il assure au contraire la survie.


 

Recomposition d’un paysage fluctuant dans le monde

14/05/2013 – Ouverture libre

« L’instrument poétique inventé par Rimbaud est peut-être la seule réplique de l’Occident bondé, content de soi, barbare puis sans force, ayant perdu jusqu’à l’instinct de conservation et le désir de beauté, aux traditions et aux pratiques de l’Orient et des religions antiques ainsi qu’aux magies des peuples primitifs.

Cet instrument dont nous disposons serait notre dernière chance de retrouver les pouvoirs perdus ? » René Char, in Recherche de la base et du sommet

Les récentes frappes aériennes sur la Syrie de l’entité militaire, ethnique et théocratique qui prétend faire disparaître la Palestine dans un pli de la Mer Morte ont été accomplies sans doute pour de basses raisons internes, rivalité entre factions, et ne résultent certainement pas d’un calcul stratégique pour la simple raison que les politiques corrompus qui se succèdent au pouvoir depuis deux ou trois décennies en sont incapables.

Une anecdote rapportée par Michel Warchawsky, militant israélien pour la paix (il se définit lui-même sous cet oxymoron) dans un récit intitulé ‘Sur la frontière’ indique mieux que n’importe quel sondage ou enquête d’opinion le peu de confiance que les Israéliens mettent dans les individus et leurs programmes qu’ils élisent.

Sur une plage, un estivalier en interpelle un autre sur le volume excessif de la musique diffusée par sa chaîne portative, lui faisant remarquer que ce type d’usage est illégal. Comment? rétorque le contrevenant aux règles de civilité. Pourquoi devrais-je être le seul à respecter la loi dans ce pays?

Cette corruption incapacitante est co-substancielle à la nature d’un État qui ne vit que pour et par la guerre dans une région dont la population le considère comme un greffon qui se rejette lui-même.

Ces attaques sont l’occasion d’une redistribution des cartes dans l’Orient arabe.

De nouvelles alliances se profilent.

Le chef d’État du ‘royaume hachémite de Jordanie’ – c’est l’intitulé que se donne ce morceau de Palestine fragmentée lors des accords de Sykes-Picot, sur le modèle de l’Arabie dite séoudite – a condamné l’agression. Il ne s’agit là que du minimum minimorum comme déclaration fournie et attendue classiquement d’un régime arabe qui se trouve être colonie militaire à la fois de la France, des Us(a) et d’Israel.

Il voit d’un mauvais œil l’influence grandissante du Qatar, de la Turquie et des Frères Musulmans dans la région au détriment des Séoud qui lui garantissaient la stabilité du régime hérité de son grand-père, l’émir Abdallah allié de Goda Meir contre le reste des armées arabes en 1948.

La longue guerre contre la Syrie adjacente avec son cortège de djihadistes recrutés sous toutes les latitudes et parfois formés par l’armée française ou étasunienne sur son sol même est un facteur de fragilisation d’une petite structure dont plus de la moitié de la population est réfugiée palestinienne qui lui fournit l’essentiel de ses cadres et de ses professions libérales. Une milice d’illuminés bien entraînés et armés peut faire basculer le royaume dans le chaos à l’irakienne ou à la syrienne.

Des liens à des niveaux de commandement importants sont renoués avec la Syrie.

La dernière guerre occidentale contre l’Irak, celle qui dure depuis dix ans maintenant, a permis l’émergence de l’Iran comme puissance régionale, conséquence non prévue par les néo-conservateurs sionistes promoteurs de l’invasion de 2003.

Cette montée inexorable de la République Islamique comme acteur clé de la zone est liée à la destruction de l’État irakien, sa partition programmée en trois régions indépendantes, mais aussi aux caractéristiques structurelles liées à l’histoire récente de l’Iran, y compris les ambitions modernistes de développement industriel et d’acquisition d’une capacité nucléaire de l’époque de Mohamed Reza Shah Pahlavi.

C’est depuis 1992 que Netanyahu annonce la fabrication imminente de la bombe atomique par l’Iran, preuve que le programme civil nucléaire a été lancé bien avant l’arrivée de Khomeyni.

Le dessin qu’il a produit aux Nations Unies indique son mépris pour l’intelligence des délégués présents et son absence totale du sens du ridicule disparu sous une épaisse couche d’arrogance cimentée par la certitude de l’impunité.

Le désordre introduit en Syrie sous forme de cette guerre faussement étiquetée de civile, tant les ingrédients qui la constituent et la prolongent sont de manière patente d’origine étrangère soulève maintenant la plaque tectonique turque.

Le résidu de l’Empire ottoman une fois congédiée la direction trop manifestement militaire et franchement otanesque a vainement tenté d’intégrer l’Union européenne et y a échoué pour son plus grand bien. (1)

L’enfoncement dans une récession économique dramatique de la Grèce et de Chypre a conforté l’orientation d’Ankara vers d’une part le pôle des anciennes républiques soviétiques turcophones rivalisant donc avec la Russie sur cette zone d’influence.

L’autre aire de projection est constituée par les États musulmans sunnites qui ont destitué leurs despotes lesquels resteront célèbres pour leur allégeance à l’occident et l’élimination méticuleuse de leurs opposants les ayant laissés en manque de direction politique alternative digne de ce nom. La Tunisie et l’Égypte se sont vues offrir les services de l’AKP.

Vite oublié et enterré l’épisode de 2010 où la Turquie et le Brésil réalisant la perte d’hégémonie occidentale voulurent avec la Russie régler le « problème » du nucléaire iranien en assurant que le combustible fissible proviendrait d’une production extérieure à l’Iran.

Estompé aussi l’acte de bravoure de rupture symbolique avec Israël après l’abordage par un commando israélien dans des eaux internationales de la flottille turque en direction de Gaza et l’assassinat de neuf militants pacifistes turcs.

Les appétits rémanents, venus du temps de l’Empire, se sont aiguisés pour la proie syrienne qui semblait à portée de main en quelques semaines ou mois.

Alors qu’en 2003, les députés enfermés par la foule ont refusé aux Us(a) l’espace aérien turc pour leur aventure en Irak, l’AKP est en train de forger des preuves d’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien devançant les intentions mitigées de l’administration d’Obama pour une intervention militaire directe

Si l’Iran dispose de l’Irak, la Turquie se sent le droit de revendiquer la Syrie.

Sauf que la Syrie est le foyer, le cœur battant du monde arabe.

Sauf que justement il y a cet antécédent de l’Irak où s’engouffrèrent plusieurs milliers de milliards de dollars et que ce bellicisme n’a pas été la solution espérée des problèmes économiques étasuniens qui faisaient déjà bien surface dès l’an 2000.

Les jongleries et l’inventivité comptable des firmes étasuniennes de plus en plus énormes endettées par des opérations de fusion acquisition à la recherche de positions monopolistiques n’offraient qu’un masque imparfait de bonne santé financière pour un système conduit à l’autolyse par gigantisme et externalisation de l’emploi en Extrême Orient où se pratiquent les plus bas salaires.

Sauf que l’aventure libyenne qui a coûté quelques cent mille morts, plus que n’aurait jamais pu exécuter aucun tyran, a laissé un goût amer d’avoir été flouées aux deux puissances qui ont donné leur accord pour préserver une population, non pour changer un régime et détruire une nation et entamer une nouvelle forme d’occupation de l’Afrique.

Sauf qu’un autre ancien Empire veut tenir son rang dans le monde arabe.

L’Égypte effacée par Sadate de son rôle de leader des pays arabes et maintenue dans une hypoxie la rapprochant de la catatonie par la momie moubarakienne revendique sa place.

Et ce en dépit de sa dette extérieure, et des difficultés de son financement malgré les miettes jetées par les maîtres es sciences du brigandage siégeant à la City des cordons de la bourse qatarie. Elle se le doit alors même que l’actuelle direction se révèle déjà sans talent politique car elle a très vite perdu l’écoute des masses citadines bouillonnantes et ardentes pour un changement qui leur restitue liberté et dignité.

Elle n’entend pas se laisser voler la vedette.

D’humbles officiers qui ont aidé à porter les Frères exigent le retour à une politique structurante et souveraine comme au temps de Nasser.

Une manifestation a été conduite à la sortie de la prière de ce vendredi depuis la mosquée d’Al Azhar en protestation contre l’attaque d’Israel sur la Syrie et contre la détention du mufti de Jérusalem. Elle aurait été encadrée par des Frères.

Un canal diplomatique important est de nouveau ouvert entre Damas et Le Caire.

Soit une nouvelle fenêtre pour Téhéran.

Le Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad Ben Jabr al Thani, semble avoir intégré un peu de cette nouvelle répartition des cartes. Il déclare vouloir répondre à l’invitation jusque-là négligée faite par Ahmadinejad et se rendre à Téhéran.

La principauté du Qatar, base militaire étasunienne additionnée d’une station de télévision satellitaire et de fonds souverains pilotés depuis Londres, verra sa contribution communicationnelle au sujet de la Palestine occupée minorée par la décision de Bashar Assad d’autoriser l’organisation d’une résistance palestinienne sur le Golan syrien contrôlé par l’armée d’occupation israélienne.

Echec et mat.

Qardaoui peut aller visiter Gaza toujours assiégée, beaucoup savent maintenant que des subsides qataris ont été alloués à la droite et l’extrême droite israélienne pour leurs dernières campagnes électorales.

De plus et surtout, la « rue » arabe, cette bête que l’on discipline peu malgré la perfusion de programmes télévisés décervelant, commence à réaliser qu’un musulman authentique ne peut égorger son coreligionnaire en invoquant la Divinité, qu’Israël veuille abattre le régime syrien le conforte dans l’évidence que les ‘rebelles’ syriens sont des mercenaires en service commandé.

Netanyahu s’est permis de donner une leçon sur la relativité des vérités scientifiques au grand physicien Stephen Hawking qui refuse d’aller en Israel respectant la consigne du boycott demandé par la campagne BDS en soutien au peuple assiégé de Palestine occupée dont il a pu apprécier de visu l’oppression insupportable lors de sa visite en 2006.

Carapaçonné de sa morgue le Likoudnik ignore que cette réserve émise sur la mutabilité des dogmes scientifiques s’applique avant tout à la mythologie sioniste du ‘peuple juif’ ‘exilé’, pure invention du 19ème siècle, et à la non moins légendaire théorie de la Terre sans peuple réservée par un Dieu devenu notaire et agent immobilier à un peuple sans terre.

Avec des gouvernants de cet acabit qui se gaussent d’un astrophysicien de renom dont la signature politique est rare et d’autant plus significative et qui agressent un pays souverain qui ne lui contestait même plus un morceau de son territoire usurpé depuis 1967, Israel n’a plus besoin d’ennemis.

Badia Benjelloun

Note

(1) Les arguments des origines chrétiennes et de la culture hellénique qui feraient défaut à la Turquie sont évidemment de mauvais aloi. La chrétienté a pris son essor depuis les églises d’Antioche, d’Alexandrie et accessoirement de Jérusalem. La Hongrie, évangélisée à la fin du au dixième siècle, a été moins longtemps chrétienne que ne l’a été la Turquie.

Byzance a parlé grec, pas Paris ni Londres et encore moins Berlin. Thalès, considéré comme le premier philosophe grec est de Milet, Épictète est de Phrygie en Asie Mineure tout comme Hippocrate est de l’île de Cnos rattachée à l’Asie Mineure.


 

Moyen-Orient: Les Russes vent arrière

14/05/2013 – Bloc-Notes

Observons d’abord, puisque c’est aujourd’hui que Netanyahou est allé rendre ses devoirs à Poutine, à Sotchi-Canossa, que nous avons connu d’autres temps où des problèmes de cette importance et de ce domaine (livraisons ou pas de S-300 à la Syrie où se déroule une guerre qui concerne “la communauté internationale”) se réglaient avec les USA, et où un Premier ministre israélien, s’il avait quelque chose à dire à Moscou dans ce domaine, consultait d’abord les USA et s’en remettaient aux USA.

Mais, aujourd’hui, les USA, c’est, disons, l’“isolationnisme-cool”. Alors, Netanyahou va directement voir Poutine.

…Lequel Poutine dirige une puissance qui prend de plus en plus de place au Moyen-Orient. Certains jugeraient que la Russie est en train de reprendre sa place au Moyen-Orient, du temps de la Guerre froide.

Nous aurions tendance, nous, à aller plus loin que cela ; c’est-à-dire, envisager simplement que les Russes sont en train d’y prendre une place prépondérante, pendant que les USA s’effacent… Nous détaillons quelques faits qui semblent aller dans ce sens, directement en faveur des Russes, ou indirectement.

• La flotte russe s’installe en permanence en Méditerranée, retrouvant la place qu’y occupait le 5ème Escadron naval en Méditerranée, actif de 1967 jusqu’à sa dissolution en 1992.

La décision de réinstaller une unité autonome russe en Méditerranée a été prise en avril et l’on a aujourd’hui des détails sur cette flotte permanente, qui aura son propre état-major, et qui disposera éventuellement de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. (Voir Novosti, le 12 mai 2013.)

«Russia’s Mediterranean task force will comprise 5-6 warships and may be enlarged to include nuclear submarines, Navy Commander Adm. Viktor Chirkov said on Sunday. “Overall, already from this year, we plan to have 5-6 warships and support vessels [in the Mediterranean Sea], which will be replaced on a rotating basis from each of the fleets – the Black Sea, Baltic, Northern and, in some cases, even the Pacific Fleet. Depending on the scope of assignments and their complexity, the number of warships in the task force may be increased,” Chirkov told RIA Novosti.

»The Russian navy commander also said nuclear submarines could be deployed in the Mediterranean, if necessary. “Possibly. In a perspective. They [submarines] were present there during the existence of the 5th squadron. There were both nuclear and diesel submarines there. Everything will depend on the situation,” he said.»

• Il est clair que l’affaire des attaques israéliennes contre la Syrie, puis la décision russe de livrer des S-300 à la Syrie ont resserré les liens entre la Russie et la Syrie.

La même chose pourrait survenir avec l’Iran, si la vieille affaire opposant la Russie et l’Iran, concernant une commande iranienne de S-300 que la Russie a refusée jusqu’ici d’honorer à la demande du bloc BAO, était résolue dans le même sens (livraison de S-300 à l’Iran).

De même, les Russes ont l’intention d’accélérer des livraisons d’armes à l’Irak, après le déblocage (voir le 27 avril 2013) de l’énorme contrat d’armes russes commandées par l’Irak. On retrouve bien entendu une ligne d’alliance Téhéran-Bagdad-Damas qui se fait selon une dynamique qui a notamment les allures d’un soutien matériel russe actif.

• … Ce à quoi il faut ajouter désormais le Hezbollah. Des nouvelles sont répercutées, commentées et enrichies par Jean Aziz, journaliste libanais au quotidien Al-Akhbar et à la station TV OTV, dans Al-Monitor Lebanon Pulse du 12 mai 2013, à propos des contacts récents entre la Russie et le Hezbollah et les perspectives qui s’ouvrent pour ces deux interlocuteurs, selon une dynamique nouvelle de coopération.

On observera, souligné par nous en gras, l’appréciation selon laquelle ces deux interlocuteurs parlent en termes d’équilibre général dans lequel la Russie serait désormais appelée à jouer un rôle prépondérant.

«For the second time in nine days, Hezbollah Secretary-General Hassan Nasrallah appeared in a televised speech, knowing that both appearances fall into the same political context — one that was previously discussed in this column to indicate three reasons behind the timing of the two appearances and speeches.

»The previous article detailed the first reason behind the appearance of Nasrallah, which was to confirm the religious tenets and the ideological justification of Hezbollah’s stance on the Syrian situation.

The second reason was directly related to the political developments in Lebanon and its neighboring regions, starting with the visit of Russian Deputy Foreign Minister Mikhail Bogdanov to Beirut on April 26 and 28.

The Russian minister’s visit to the Lebanese capital after Tehran and Damascus is not without meaning. Clearly, Russia, Iran, Syria and Hezbollah have been coordinating at some level and have tackled all the regional developments and stances taken in this regard by any of the elements of this new axis… [...]

»Meanwhile, sources in the know on the results of Bogdanov’s visit to the Lebanese capital revealed to Al-Monitor that the conversation clearly tackled the role of Russia in protecting the forces that are close to it in the region, as well as the importance of facing Washington and returning the balance to the global system in its Middle Eastern side at least.

Moreover, both officials discussed the prospects of imposing the demarcation of the international spheres of influence in this region. In a clear and straightforward conversation, they brought up the different as well as matching ideological, economic, geostrategic and security-related interests of Moscow and local forces in achieving these goals.»

• Le dernier point concerne ce qui pourrait constituer un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, manœuvre qui ne déplairait pas à la Russie, qui a de bons liens avec l’Iran et des liens qui ne sont pas si mauvais avec l’Arabie.

La nouvelle est présentée par DEBKAFiles (le 13 mai 2013), qui suit désormais avec une hargne particulière l’enchaînement des épisodes marquant la dégradation de la position US au Moyen-Orient.

«Saudi Arabia has decided to explore dialogue with its great regional rival Iran for ending the Syrian conflict and assuring Lebanon’s political future, DEBKAfile’s Gulf sources report. They have given up on US policy for Syria in view of Russian and Iranian unbending support for Bashar Assad; his battlefield gains aided by Hizballah and Iranian Bassij forces; and Turkey’s inaction after Saturday’s terrorist bombings in the town of Reyhanli near the Syrian border which caused 46 deaths.

Saudi Foreign Minister Saud al-Faisal took advantage of the Organization of Islamic Conference-OIC, in Jeddah this week on the Mali conflict for getting together Monday, May 13, with Iranian Foreign Minister Ali Akbar Salehi who was in attendance.

»Our sources report that Riyadh’s first priority is to stabilize Lebanon through a Saudi-Iranian entente on political equilibrium in Beirut. The Saudis would next seek an accord with Tehran on the outcome of the Syrian civil conflict.

»The Saudi rulers have come to the conclusion, which the West and Israel have been slow to acknowledge, that since the Iranian-Hizballah-Syrian military alliance is pulling ahead in the Syrian conflict and chalking up victories, they had better look to their interests in Lebanon, which hinge heavily on the Sunni clan headed by Saad Hariri. If they wait till a victorious Hizballah comes marching home and grabs power in Beirut, protecting Lebanon’s Sunni community will be that much harder…»

Le même texte fait état du faible crédit accordé par les Saoudiens au projet de conférence organisée par les USA et la Russie conjointement, notamment à la lumière du peu d’enthousiasme que montrerait Obama pour la chose, – souligné, ce peu d’enthousiasme, par la remarque d’Obama lors de sa conférence de presse du 13 mai avec Cameron, concernant la “suspicion persistante héritée de la Guerre froide, entre la Russie et les USA” («“lingering suspicions between Russia and the US” left over from the Cold War»).

Cette remarque est très singulière, dans la mesure où cette suspicion n’est nullement en état de persistance, mais plus évidemment une ré-invention des USA, à coup de lobbies, d’“agression douce”, d’accusations humanitaristes, etc., contre la Russie, alors que la Russie a au contraire depuis longtemps écarté cette sorte de suspicion dont parle Obama.

La phrase d’Obama, qui pourrait étonner certains venant d’Obama, évoque plutôt une paranoïa persistante du côté US, cette paranoïa si naturelle qu’elle n’a nul besoin du souvenir de la Guerre froide pour se faire sentir, et qui s’alimente plutôt à une complexité psychologique dont les USA n’ont besoin de personne pour l’entretenir dans leur propre chef…

Dans tous les cas, cette phrase et ce qu’elle évoque éclairent d’une lumière moins amicale l’“isolationnisme-cool” dont nous parle Stephen M. Walt, la lumière du désenchantement découragé devant ce qui est effectivement, bien plus qu’un repli tactique des USA, une position de plus en plus forcée devant son propre déclin et l’effondrement de sa propre puissance.

Dans ce cas, il est alors remarquable de voir, devant la perspective du possible échec de la tentative Russie-USA de cette conférence sur la Syrie, un pays comme l’Arabie envisager de se tourner vers l’Iran et, au-delà et par simple enchaînement, en partie vers la Russie, pour trouver une issue de stabilisation à un désordre qui échappe de plus en plus à tout contrôle des acteurs extérieurs.

Si elle s’affirmait, cette dynamique ne laisserait ni la Jordanie, ni l’Égypte insensibles, certes…

Dans cette interprétation, on note également une considération bien peu amène pour la Turquie dont les manœuvres effrénées de déstabilisation depuis près de deux ans conduisent à l’impasse du désordre sur son propre territoire, chose également reprochée par Obama à Erdogan.

(Les USA sont notamment inquiets des grandioses projets turcs de rassemblement d’un Kurdistan, avec ses parties syrienne et irakienne, à cause des menaces que ce projet fait peser non seulement sur l’Irak, mais sur la Turquie elle-même. Mais Erdogan oppose à ces craintes une assurance sans faille de lui-même et de sa politique.)

Le constat est donc que, devant l’évolution de la situation en Syrie, le camp constitué par le bloc BAO commence à céder à des tendances de délitement dans tous les sens tandis que la Russie évolue d’une position centrale d’une possible médiation qui s’avère de moins en moins possible, vers une position d’organisatrice d’un nouveau rassemblement au Moyen-Orient à partir de ses liens avec l’Iran, la Syrie, puis avec l’Irak, le Hezbollah et, éventuellement, d’autres acteurs qui deviendraient des transfuges du camp BAO.

Tout se passe comme si le désordre commençait à épuiser ceux qui ont contribué à le créer, avec un éparpillement de ce rassemblement hétéroclite, dont la Russie sortirait nécessairement comme acteur extérieur central au Moyen-Orient. Cela serait une rétribution logique, et juste si l’on veut, du rôle qu’elle a tenu jusqu’ici.

Il ne s’agit pour l’instant de rien d’autre que d’une perspective, et le désordre lui-même est loin d’avoir dit son dernier mot, et sans doute aura-t-il toujours son mot à dire dans le contexte de la séquence actuelle.

Mais la tendance générale se dessine de plus en plus clairement, et elle s’affirme à partir du caractère d’insupportabilité du processus d’autodestruction du Système, qui bouscule ou emporte tous ceux qui ont misé dessus (sur le Système), avec certains cherchant d’ores et déjà à sortir leur épingle du jeu.

Quoi qu’il en soit, il existe aujourd’hui la possibilité d’un intéressant renversement de situation qui donnerait au “printemps arabe“ une alluré inattendue ; cette possibilité, si elle est nécessairement caractérisée par le désordre évident au Moyen-Orient, le serait surtout, dans ce cas, par la hiérarchie des influences extérieures, avec la Russie revenant en force dans cette région et n’étant pas loin d’être en position de supplanter des USA de plus en plus amers, impuissants de leur incompréhension de la situation, bien plus fatigués que cool finalement.

Dans ce cadre, il est possible que l’Israélien Netanyahou parle à Poutine de bien autre chose que de S-300, les Israéliens pouvant estimer eux aussi que leur choix exclusif du “parrain” américaniste devient discutable.

Effectivement, à côté de ces événements qui on leurs significations diverses et parfois surprenantes, on distingue l’apparition d’un phénomène d’épuisement psychologique, se traduisant par une dérive des politiques vers des orientations complètement imprévues.

Cet épuisement psychologique est un facteur central de la crise d’effondrement du Système, comme nous ne cessons de le souligner, jusqu’à ses racines historiques fondamentales.

Ce n’est qu’un paradoxe apparent si cet épuisement frappe les acteurs périphériques de la crise syrienne, plus que les acteurs directs, parce que ces acteurs périphériques sont directement connectés à la crise d’effondrement du Système.

La position de force de la Russie, elle, tient évidemment à sa politique principielle, effectivement appuyée sur le respect et la défense des principes structurants, seul moyen d’échapper à cet épuisement causé par les forces déstructurantes et dissolvantes du Système.


 

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