Ankara s’alarme du surcroît d’autonomie des Kurdes Syriens.
| août 2, 2012 | Posté par vilistia sous Turquie-Kurdes |
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La Turquie renforce son armée le long de la frontière, par crainte que les nouvelles libertés vécues par la Minorité ne fournissent une ouverture au terrorisme.
Par JOE PARKINSON et AYLA ALBAYRAK
NUSAYBIN, Turquie—Pour la plupart des puissances étrangères, les évènements dans les provinces kurdes de Syrie sont largement perçus comme relégués à l’arrière-plan du conflit civil meurtrier qui agite le pays. Il n’en va pas de même en Turquie.
Certains Kurdes syriens ont, au cours des dernières semaines, pris des mesures cruciales en vue d’exercer une gouvernance autonome, alimentant, en contrepartie, la crainte existentielle d’Ankara : que son ennemi public n°1, le Parti Des Travailleurs du Kurdistan séparatiste, ou PKK puisse donner un coup de pouce à son influence dans cette région, et même l’utiliser comme base de départ pour des attaques contre la Turquie.
Les dirigeants turcs craignent aussi que si les Kurdes de Syrie sont sur le point d’obtenir leur autonomie formelle, comme leurs cousins de la même ethnie en disposent dans le nord de l’Irak, les propres Kurdes de Turquie, qui représentent entre 12 et 15 millions de personnes se verront encouragés à faire plus directement pression pour gagner également une plus grande autonomie.
La Turquie est confrontée à l’autonomisation de la région kurde de Syrie.
![[SB10000872396390443866404577562990767047460]](http://s.wsj.net/public/resources/images/OB-TZ430_TURKSY_D_20120801130655.jpg)
Mathias Depardon, pour le Wall Street Journal : Tours d’observation borde la frontière turco-syrienne près de la ville turque de Nusaybin.
Mercredi, Ankara a procédé à des exercices militaires mobilisant 25 tanks dans le secteur de Nusaybin, le long de la frontière sud de la Turquie avec la région kurde de Syrie, selon les medias officiels de l’Etat turc, réagissant, non seulement aux évolutions dans le Kurdistan, mais également, à d’éventuels débordements de violence et à un afflux de réfugiés, à cause du conflit civil de 18 mois en Syrie.
Il s’agissait des premières manœuvres impliquant des tanks le long de la frontière turque avec la région kurde de Syrie, depuis plus d’une décennie, affirment les analystes.
La Turquie a renforcé sa présence militaire à la frontière, à la suite du tir syrien qui a abattu un avion Phantom turc en juin.
Plus tard, dans la journée de mercredi, le Ministre des affaires étrangères de Turquie, Ahmet Davutoglu, est arrivé à Erbil, la capitale de la région kurde d’Irak, pour parler ave le dirigeant kurde irakien, Massoud Barzani, au sujet de l’autonomie croissante des Kurdes syriens.
Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur le fait que « Toute tentative de quelque groupe ou organisation violente d’exploiter la carence de pouvoir sera considérée comme une menace commune, qui pourrait entraîner une réplique conjointe », a affirmé le Ministre turc des affaires étrangères.
Certains groupes kurdes syriens, anticipant peut-être sur l’effondrement du régime syrien, se sont unis dans le cadre d’une série d’accords signés sous le parrainage de M. Barzani, qui appellent à une autonomie plus vaste.
Les groupes kurdes syriens, qui vivent, pour la plupart, au sein de communautés homogènes, le long de la frontière nord du pays avec la Turquie, ont commencé à obtenir plus de droits en avril 2011, quand Assad leur a offert le droit de prétendre à la citoyenneté, comme faisant partie d’un effort plus vaste pour courtiser un soutien public.
Depuis la mi-juillet, lorsque le Président Bachar al-Assad a commencé à faire face à une insurrection croissante, à Alep et Damas, son régime a, effectivement, cédé du pouvoir aux Kurdes.
Les Kurdes syriens qui sont récemment arrivés ici à Nusaybin, à une courte marche de sa ville-sœur kurde d’Al-Qamishli, en Syrie, ont dit qu’ils avaient fui leur pays à cause des pénuries de nourriture et des dangers pour leur sécurité.

Reuters
La Turquie a positionné un tank le long de sa frontière avec la Syrie, mercredi, alors que le Ministre des affaires étrangères turc s’entretenait avec le dirigeant kurde d’Irak, au sujet de l’autonomie grandissante des Kurdes de Syrie.
Au cours des dernières semaines, disent ces gens, les partis politiques et les groupes paramilitaires kurdes ont presque complètement usurpé et court-circuité les appareils de l’Etat syrien. Ce sont des groupes kurdes qui garantissent, désormais, la sécurité et le contrôle de la distribution de la nourriture et de l’eau. Le drapeau rouge, blanc, vert et jaune des Kurdes s’est soudain mis à flotter sur les bâtiments municipaux et sur les structures proéminentes, comme les chateaux d’eau et les conteneurs de gaz.
Les résidents de Nusaybin racontent que les forces syriennes se sont retirées de leurs baraquements, laissant la prérogative de la sécurité au mieux armé des groupes politiques kurdes en Syrie, le Parti de l’Union Démocratique de Syrie, ou PYD.
“L’Etat syrien n’est plus là que de façon purement symbolique… Actuellement, il n’y a pas de pression militaire sur notre région », affirme Erdal, un Kurde syrien d’al-Qamishli, âgé de 33 ans, qui est arrivé à Nusaybin la semaine dernière, avec sa femme et ses deux enfants. « J’espérai qu’ils le fassent depuis longtemps, c’est vraiment plus détendu ».
Ces images de drapeaux kurdes flottant sur al-Qamishli énervent les responsables d’Ankara, à cause des liens bien connus de cette organisation kurde aec le PK. Les commentateurs des medias turcs prédisent l’émergence d’une « République PKK », ou d’un « Kurdistan occidental » sur le flanc sud du pays. Les responsables turcs affirment que l’activité du PKK à l’intérieur de la Syrie a augmenté au cours des derniers mois.
Les dirigeants des deux principales branches de l’opposition syrienne, le Conseil National Syrien et l’Armée Libre Syrienne, dénoncent la « collusion » du PYD avec Damas, pour l’aider à se concentrer sur l’écrasement du soulèvement et déstabiliser la Turquie. Et certains Kurdes syriens qui sont venus chercher refuge en Turquie disent, également, que le nouveau rôle que s’attribue le PYD les rend nerveux.
“La domination du PYD inquiète les gens”, afirme Alan, un jeune Kurde de 18 ans d’al-Qamishli qui est arrivé à Istanbul cette semaine après avoir fui la Syrie. « Tout le monde sait que le PYD, c’est le PKK ».
Le PYD dément toute collusion avec le régime d’Assad et appelle publiquement à la démission d’Assad. Le PYD reconnaît des liens purement « idéologiques » avec le PKK. Mais il déclare aussi que le groupe turc – dont l’insurrection vieille de trois décennies a fait des dizaines de milliers de morts et qui est classé comme organisation terroriste, par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union Européenne – n’a aucune influence sur ses orientations politiques. Le PYD dit n’avoir aucun intérêt à former un Etat kurde indépendant.
Cette posture du parti n’a pas, pour autant, calmer les craintes de la Turquie. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a déclaré, dans une interview à la Télévision turque, la semaine dernière, que bien que la Turquie perçoive la communauté kurde comme une « nation-sœur », elle pourrait intervenir militairement si le besoin se faisait sentir d’empêcher le PKK de s’implanter en Syrie.
Cependant, les analystes affirment qu’il reste improbable que la Turquie lance la moindre offensive à l’intérieur de la Syrie contre les Kurdes,où les centres urbains présenteraient un défi bien plus complexe pour toute opération que le fait de lancer des frappes aériennes sur les bases du PKK dans le nord de l’Irak escarpé.
« En réalité, au-delà de la rhétorique belliqueuse, la Turquie peut faire très peu de choses, ici », reprend Soli Ozel, professeur en Relations Internationales à l’Université Kadir Has d’Istanbul. « Cela n’a rien à voir avec les montagnes d’Irak ; il s’agit de cités et de villes et il n’y a pas vraiment d’appétence, parmi la population turque pour la guerre, aussi la Turquie sera amenée à vivre avec ça, pour l’instant ».
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En outre, certains analystes pensent qu’Ankara surestime le pouvoir du PYD, dans une région où une pléthore de partis et de groupes tribaux sont en quête d’influence, y compris le Conseil National kurde, qui appuie l’opposition syrienne.
A Nusaybin, les dirigeants kurdes chérissent les nouvelles arrivant d’une autonomie plus complète dont bénéficient leurs frères kurdes syriens. La semaine dernière, des centaines de Kurdes se sont rassemblés dans le centre-ville pour assister à un concert joué par des musiciens Kurdes de Syrie, lors d’une célébration.
“Les gens d’ici se délectent de voir que cette transformation se produit sans verser la moindre goutte de sang”, dit Ayse Gokkan, le maire de Nusaybin, qui est aussi membre du Parti Kurde pour la Paix et la Démocratie. « Ce Réveil Kurde est loin d’être quelque chose de totalement nouveau, mais c’est quelque chose qui s’est produit depuis les dernières décennies, puisque les frontières ont été dessinées artificiellement au beau milieu de nos territoires. Le peuple, ici, n’a jamais intégré la division entre nos communautés et Ankara a tort de nous menacer ».
A la porte de la frontière de Nusaybin vers al-Qamishli, désormais fermée par la Turquie pour stopper les infiltrations du PKK, les gensse rassemblent en dépit de la chaleur torride l’après-midi pour scruter en direction de la ville d’al Qamishli et partager des informations au sujet des dernières nouvelles de l’autre côté de la frontière
“Nous avons senti le parfum de la liberté, ici, et voulions venir voir de nos propre yeux » dit Yusuf Bilgic, un Kurde allemand, âgé de 50 ans, qui a voyagé depuis une ville proche du sud de la Turquie, où il se trouvait en vacances avec sa famille. « On ne peut pas vraiment y participer, mais on se sent très excité ».
On peut écrire à Joe Parkinson sur : [email protected] et à Ayla Albayrak à : [email protected]
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